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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

Malgré l’interdiction, les Indiens continuent d’employer des enfants domestiques



Ils forment la partie la moins visible du travail des enfants en Inde, car ils besognent dans l’intimité des foyers. Mais le cas récent d’une petite bonne maltraitée par sa patronne à Bombay a fait réagir médias et autorités sur la question des enfants-domestiques. Mise au point avec l’ONG Childline India.

 

Childline India vient en aide aux enfants exploités
 

Rameshwari, 10 ans, a été battue par sa patronne
 
 
Il y a quelques semaines, sa photo a fait le tour de la presse indienne. Rameshwari, 10 ans, fixe l'objectif de ses grands yeux tuméfiés et rougis, après avoir été torturée par sa patronne, Urvashi Dharnokhar, une actrice de télévision, à Bombay. Ce sont les voisins qui ont donné l'alerte après avoir vu la fillette sortir de l'appartement, couverte de blessures.
 
Des mauvais traitements qui ont levé le voile sur la réalité la plus vaste du travail des enfants en Inde. Malgré l'interdiction, comme Rameshwari, ils sont des millions à travailler en tant que serviteurs chez des particuliers. D'après une étude de l'UNICEF de 1997, pour 90% des ménages indiens ayant des domestiques, l'employé de maison idéal est une adolescente entre 12 et 15 ans !

Si les chiffres officiels font état de 12,6 millions d'enfants travaillant en Inde, ils ne tiennent pas compte de l'économie informelle. Pour les ONG, il faudrait plutôt tabler entre 50 et 120 millions. "Nous pensons que 100 millions d'enfants travaillent en Inde", estime Nishit Kumar, directeur de la Communication de Childline India, l'association de défense des droits de l'enfant appelée à la rescousse de la petite Rameshwari. Difficile de quantifier l'importance du phénomène, mais d'après l'ONG CRY (Child Rights and You), environ 19% des enfants au travail seraient embauchés en tant domestiques.

"Le concept des serviteurs date de l'époque moghole. Les Britanniques l'ont perpétué, et inutile de se voiler la face : cela a perduré !"
s'exclame Nishit Kumar. "La nouveauté, c'est qu'avec la croissance économique de l'Inde, les différences de richesse dans les grandes villes sont devenues tellement criantes qu'il est quasiment impossible de trouver un employé de maison digne de confiance aujourd'hui – pour ce que nous voulons bien les payer. La tentation est trop forte". Selon lui, les enfants, manipulables, dépendants, sont venus combler les besoins des classes indiennes aisées, habituées à faire faire leurs travaux quotidiens.

Nishit Kumar vilipende ce qu'il appelle la "justification-cliché de la classe moyenne". "Les employeurs pensent souvent : cet enfant mourait de faim dans son village. Chez moi, il a un abri et à manger, c'est préférable pour lui. Mais ce qui est préférable, c'est de l'envoyer à l'école !" Il renchérit : "En Inde, nous pensons que nous traitons nos enfants mieux que personne, parce que la famille reste une valeur fondamentale. En réalité, nous sommes surtout complaisants. La vérité, c'est que l'Occident s'occupe de ses enfants bien mieux que nous."

Le 25 août, l'Etat du Maharashtra a engagé des poursuites contre trois autres actrices soupçonnées de sévices sur leurs domestiques mineures. Et le département du Travail du Maharashtra vient de lancer une campagne de sensibilisation au problème. Les immeubles d'habitation régis par des copropriétés devront désormais afficher un autocollant délivré par le gouvernement : Yethe baal kamgar nahit (aucun enfant n'est employé ici). Toutefois, comme le souligne Nishit Kumar, "cette initiative va dans le bon sens, mais elle repose sur la base du volontariat. Qui va vérifier si elle est appliquée correctement ? "
 

 
Sarah Collin, Aujourd'hui l'Inde, le 16 septembre 2009.