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L’Inde revoit à la hausse le nombre de ses pauvres


Après modification des critères de pauvreté, un groupe d’experts révèle dans un rapport à paraître en septembre que le nombre de pauvres, en particulier en milieu rural, est plus important que ce qu’indiquaient les dernières données.

 

Combien y-a-t-il de pauvres en Inde ? Pour répondre à cette question, un groupe d'experts qui remettra son rapport au gouvernement en septembre a d'abord du répondre à une autre : Qu'est ce qu'un pauvre?

Or, en modifiant les critères de pauvreté utilisés jusqu'à lors, ils ont constaté qu'elle était plus importante que ce que les dernières données (2004-05) indiquaient, explique le quotidien économique Mint.

Ainsi quatre personnes sur dix vivant en milieu rural (42%) seraient pauvres, contre trois sur dix selon l'étude précédente (28,5%). Jusqu'à présent, le seuil de pauvreté était défini par le niveau de consommation des foyers, calculé à partir du nombre de calories par habitant et par jour.

Le nouveau rapport modifie ces critères en incluant l'éducation, la santé, le loyer et les transports, dont le coût a par ailleurs augmenté. Une démarche qui se rapproche de l'Indice de développement humain (IDH) des Nations unies, qui place l'Inde à la 128ème place, sur 177 (2007-08).

Le groupe d'experts, nommés par la Commission au Plan et dirigé par l'ancien président de la Commission nationale de la statistique, a justifié ce changement par la non-pertinence des précédents calculs, du fait de  l'augmentation du "budget" des pauvres inhérente à la croissance économique du pays, à l'inflation et à l'augmentation du niveau de vie.

Les résultats de cette enquête modifient les idées reçues sur la pauvreté en Inde, selon le quotidien.

Dans les années 70, les politiques publiques mettaient ainsi l'accent sur la prévention de la famine. Quarante ans plus tard, on constate qu'il faut plus que de la nourriture pour sortir de la pauvreté.

"Aujourd'hui, un enfant des rues peut gagner jusqu'à 100 roupies par jour (1,5€). Il ne répond donc pas aux critères de la pauvreté. Mais a-t-il un toit et la possibilité de s'instruire et de se soigner ?", analyse le commissaire aux droits à l'alimentation de la Court suprême Harsh Mander.

Il estime que le gouvernement et les experts ont volontairement favorisé les statistiques limitant le nombre de pauvres pour contenir les dépenses d'aide aux populations défavorisées.

Si le rapport constate que le nombre de pauvres a été sous-évalué par les anciennes enquêtes, il enseigne cependant que la pauvreté a diminué entre le milieu des années 90 et le milieu des années 2000.. La pauvreté rurale serait ainsi passée de 50% à 42%, et la pauvreté urbaine de 31% à 26% pendant cette période, qui correspond au boom de la croissance indienne.

"Si le gouvernement accepte le rapport", souligne Mint, "cela aura des conséquences sur la politique publique. Cela augmentera le fardeau fiscal et entrainera une augmentation de l'aide aux Etats qui comptent le plus de pauvres".

 

Yann Henaff , Aujourd'hui l'Inde, le 24 août 2009