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Bollywood et Hollywood en pleine romance


Le panneau « Hollywood » en lettres géantes sur une colline surplombant Los Angeles et sa réplique inidenne en photomontage.

Le panneau « Hollywood » en lettres géantes sur une colline surplombant Los Angeles et sa réplique inidenne en photomontage.

Depuis plusieurs mois, les deux places fortes du cinéma mondial se font les yeux doux.

Comme un symbole, l'officialisation, il y a quelques semaines, du partenariat entre Dreamworks, les studios de Steven Spielberg et Reliance ADA. Le groupe indien, dirigé par le milliardaire Anil Ambani prévoit ainsi d'investir près d'un milliard de dollars pour produire entre six et huit films au cours des trois prochaines années, aux États-Unis. Plus largement, les producteurs indiens sont de plus en plus tentés par l'expérience hollywoodienne, son prestige et ses retours sur investissements : «La formidable croissance indienne a permis l'émergence de capitaux importants, et le succès de Slumdog Millionaire, même s'il ne s'agit pas d'un film Bollywood, incite les producteurs indiens à investir aux États-Unis», confie Farah Khan, grande figure de Bollywood, réalisatrice du film Om Shanti Om, l'un des plus grands succès de ces dernières années en Inde.

De leur côté, les studios américains ne sont pas en reste. Longtemps frileux à l'idée d'attaquer le marché indien, ils ont multiplié les accords ces derniers mois. Cette semaine, Fox Star Studio a dépensé la somme record de 20 millions de dollars pour mettre la main sur les droits de marketing et de distribution du film My Name is Khan interprété par Shahrukh Khan, la plus grande star de Bollywood. Ce genre d'initiatives devrait se poursuivre : «Bollywood et Hollywood ont deux modèles économiques bien distincts, avec notamment des coûts de production et des revenus moins importants en Inde, mais avec la globalisation, et l'industrie indienne qui s'est professionnalisée, ces partenariats se multiplient», analyse Tanaaz Bhatia, PDG de Bottomline, fonds d'investissement pour des films Bollywood.

Pourtant, l'aventure n'est pas sans risque. Précurseurs, les studios Disney ont sorti l'année dernière leur première coproduction en Inde. Le film d'animation, intitulé Roadside Romeo, a fait un flop dans les salles indiennes, en dépit d'une importante campagne marketing et des nombreuses stars de Bollywood qui avaient prêté leurs voix aux personnages.

Mais cela n'a pas freiné les ardeurs des studios américains. Car l'enjeu est de taille. Au total, les revenus générés par l'industrie cinématographique indienne devraient atteindre plus de 4 milliards de dollars en 2011, et les investissements étrangers ne représentent que 5 %.

 

Différences culturelles

Ces nouveaux partenariats n'ont néanmoins pas estompé les fortes différences culturelles, et l'idée d'une superproduction mélangeant stars américaines et indiennes peut attendre. Bollywood est encore méconnu aux États-Unis. Ce week-end, les deux pays ont d'ailleurs frôlé l'incident diplomatique. Shahrukh Khan, demi-dieu en Inde, a dû répondre, deux heures durant, aux questions des douaniers américains incapables de le reconnaître. Farah Khan ne décolère pas : «C'est bien beau de tisser des liens commerciaux, mais quand on voit ce qu'il s'est passé ce week-end avec Shahrukh Khan, on se dit que la collaboration entre Bollywood et Hollywood n'en est qu'à ses débuts !»

 

Samuel Ziza (Bombay), Le Figaro, le 18 août 2009