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La détention de "King Khan" par la douane américaine scandalise l'Inde


La superstar bollywoodienne Shahrukh Khan a été questionnée pendant plus d’une heure par les services d’immigration états-uniens alors qu'il se rendait à Chicago. Les médias indiens en font une affaire nationale et relancent le débat sur les contrôles excessifs aux États-Unis, notamment quand il s’agit de personnalités connues, et musulmanes.

 

"My name is Khan" (Mon nom est Khan) est le titre du dernier film de Shahrukh Khan. Cela n'a vraisemblablement pas échappé aux douaniers de l'aéroport de Newark, près de New York, aux États-Unis, lorsqu'ils ont vérifié le passeport du célèbre acteur indien.

"King Khan" en est persuadé : il a été arrêté pendant deux heures par les services de l'immigration  parce qu'il porte un patronyme musulman. "Si j'ai eu des ennuis, c'est à cause du fait que je m'appelle Khan" a-t-il insinué après l'incident, qui l'a laissé "en colère et humilié". Ce n'est pas la première fois que le nom Khan amène les suspicions des douaniers états-uniens. Les acteurs indiens Irrfan Khan et Zayed Khan ont déjà connu ce traitement de défaveur.

La situation est bien ironique quand on connaît l'intrigue de son film. Il raconte l'arrestation d'un musulman dont les symptômes d'autisme sont pris pour un comportement suspicieux dans l'Amérique paranoïaque post-11 septembre. Surtout que la dernière partie du tournage a eu lieu aux États-Unis, où Shahrukh Khan a passé plus d'un mois.

L'incident passe encore moins bien au vu du contexte. L'acteur se rendait justement à Chicago pour fêter samedi les 62 ans de la République indienne avec d'autres vedettes de Bollywood. Mais ce n'est qu'après l'intervention du consulat indien que Shahrukh Khan a été libéré. Pourtant, il n'a cessé d'expliquer qui il était et de demander qu'on contacte les autorités de son pays. "C'est un manque de professionnalisme de la part des employés de sécurité de l'aéroport de ne pas m'autoriser à utiliser mon téléphone portable pour appeler les organisateurs de l'événement" s'est-il indigné. Les autorités états-unienne ont tenté de minimiser l'affaire en expliquant que l'acteur avait seulement été questionné parce que sa valise n'était pas arrivée, "pendant 66 minutes".

Pas de contrôle pour les célébrités ?

L'incident rappelle une autre mésaventure, impliquant cette fois APJ Abdul Kalam, ancien président indien musulman, qui en avril a été fouillé au corps à New Delhi par un employé de Continental Airlines, compagnie aérienne états-unienne. Un large traitement médiatique en avait été fait et il en est de même cette fois-ci, tant Shahrukh Khan jouit d'une aura de demi-dieu auprès des Indiens.

Si une large majorité de la population s'indigne, d'autres estiment que ce n'est qu'un exemple parmi des milliers de traitements défavorables accordés aux musulmans aux États-Unis. L'acteur Salman Khan ne juge pas normal qu'à "cause de certains musulmans, des milliards de membres de la communauté aient des ennuis". Mais pour lui, il s'agit là d'un non-événement et qu'il "n'y a pas eu d'attaques depuis le 11 septembre grâce à ces mesures rigoureuses". L'intérêt était sûrement juste d'envoyer une pique à son rival du box-office, mais il soulève là une autre question : Les personnalités devraient-elles avoir droit à un traitement de faveur lorsqu'il s'agit d'enjeux sécuritaires ?

Selon un diplomate états-unien cité par Times of India, il existe en Inde une "culture VIP" qui donne des privilèges incompatibles avec les menaces qui pèsent sur le monde actuel. D'où un emballement des médias alors qu'il n'y aurait pas vraiment lieu de s'offusquer. Il n'y a qu'à prendre l'exemple de George Fernandes, ancien ministre de la Défense, dont la fouille au corps états-unienne de 2004 s'était transformée en prétendue "fouille intégrale".

Certains politiques en ont tout de même profité pour défendre Shahrukh Khan, devenu symbole de la cause nationale face aux méthodes discriminatoires d'outre-Atlantique. "J'ai toujours pensé que nous devrions fouiller [les Américains] de la même manière", a déclaré la ministre de l'Information et des médias (minister of Information and Broadcasting). Selon Praful Patel, ministre de l'Aviation civile, le gouvernement demandera des explications à Washington.

Shahrukh Khan a d'ores et déjà déclaré qu'il ne souhaitait plus remettre les pieds dans ce pays. Avant de se raviser et d'annoncer qu'il reviendrait, pour ses milliers de fans expatriés. Une chose est sûre, "My name is Khan" ne pouvait rêver d'une meilleure publicité.

 

Mike Alvarez, Aujourd'hui l'Inde, le 17 août 2009