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La "loi Ferry" indienne sur l’éducation adoptée sans enthousiasme


Inscrite dans la Constitution depuis 2002, l'école primaire publique gratuite et obligatoire a été votée par l'Assemblée mardi, deux semaines après son adoption par le Sénat. La loi est pourtant loin d'être parfaite, selon ses détracteurs.

 

Depuis mardi, les quelque 200 millions d'enfants indiens âgés de six à quatorze ans ont théoriquement accès à l'école obligatoire et gratuite. En 2002, le 86ème amendement avait consacré l'accès à l'école gratuite et obligatoire comme un droit fondamental. Le Right of children to free and compulsory education bill adopté mardi le concrétise en harmonisant l'enseignement, les règlements administratifs et les infrastructures.

Le ministre du Développement des ressources humaines Kapil Sibal a qualifié  le vote de la loi de "pas historique" et d' "élan national qui va modeler le futur de l'Inde". Selon lui, seuls douze enfants sur cent entrés à l'école primaire finissent leurs études secondaires. Le gouvernement souhaite porter ce nombre à 15 d'ici 2012 et à 35 d'ici 2020.

Le texte prévoit de réserver un quart des places en écoles privées aux enfants défavorisés. Les frais de scolarité comme la sélection des enfants sont interdits sous peine d'amendes. Le ministre a par ailleurs indiqué qu'une autorité serait mise en place dans chaque Etat d'ici trois ans afin de veiller au respect des normes  en matière d'infrastructures dans chaque école. La notion d'obligation semble quant à elle assez floue, puisque Kapil Sibal a expliqué à The Indian Express qu' "aucune mesures punitives ne sont prévues contre les parents qui n'enverraient pas leurs enfants à l'école". "Des punitions sont inenvisageables car la plupart des familles sont défavorisées", commente Ashish Kaushik, ministre du Développement des ressources humaines de 2001 à 2006.

L'événement semble historique, pourtant la presse indienne a préféré consacrer ses unes au premier décès du à la grippe A. Une faible couverture médiatique qui fait écho à la faible affluence des députés  lors du vote de la loi mardi à l'Assemblée (Lok Sabha), deux semaines après son adoption au Sénat (Rajya Sabha). The Indian Express en a décompté 113 au terme du discours du ministre du Développement des ressources humaines  Kapil Sibal, sur un total de 545 sièges. Le faible intérêt porté à la loi par les députés comme par les médias n'est pas pour autant le signe d'un consensus.

Vendredi en fin de matinée, près de 200 étudiants, professeurs et intellectuels se sont rassemblés à Jantar Mantar (New Delhi) à l'initiative de l'Association de tous les étudiants d'Inde (AISA) pour protester contre la loi. Professeur d'économie à l'université de Patna (Bihar), Nawal Kishore Choudhury tient à préciser que les étudiants "ne s'opposent pas à l'esprit de la loi mais regrettent plutôt son application partielle et dénaturée". "Le 86ème amendement a établi le droit à l'école publique et gratuite comme un droit fondamental, or cette loi ne s'applique qu'aux enfants de six à 14 ans", explique-t-il.  Il reproche également au gouvernement du parti du Congrès "ne pas endosser l'entière responsabilité de l'application de la loi en dirigeant une partie des écoliers vers les écoles privées".

Enfin, le professeur doute tout simplement des capacités financière de l'Etat à appliquer la loi. L'Inde consacre 3% de son PIB à l'éducation (contre 6,6% en France en 2007). 70 millions d'enfants indiens n'ont pas accès à l'école et plus d'un tiers de la population est illettrée.

Yann Henaf, Aujourd'hui l'Inde, le 10 août 2009