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Le cricket migre vers le pays du baseball


Longtemps en marge de la société états-unienne, le cricket pourrait prendre son envol avec la création d’un championnat national à partir de 2010. Une bénédiction pour les millions de fans indiens qui vivent outre-Atlantique, et pour les futurs sponsors tant le marché à conquérir paraît lucratif.

 

 

La tradition états-unienne en prendrait un coup. Au royaume du baseball, il n'y a pas vraiment de place pour le cricket, ce cousin éloigné si populaire dans les anciens pays du Commonwealth. Le cricket, après tout, ce n'est que "du baseball sous Valium", comme l'a qualifié un jour l'humoriste américain Robin Williams en allusion au tranquillisant.

Mais quand on tient un marché aussi énorme, difficile de laisser passer l'occasion. Selon l'Association états-unienne de cricket (USACA), principale instance du pays dans ce sport, 15 millions de personnes s'y intéressent de près ou de loin. D'où la nécessité de créer un championnat national qui permettrait de développer le cricket aux États-Unis et d'attirer des sponsors, ravis de toucher une cible aussi importante.

Le public potentiel serait majoritairement issu de la diaspora sud-asiatique, et en premier lieu la communauté indienne. L'arrivée de ces immigrés, liée au boom informatique des quinze dernières années, a favorisé l'implantation du cricket, très populaire en Inde, au Pakistan et au Sri Lanka. Entre 600 000 et 2 millions de personnes suivent des matches à la télévision ou sur Internet. Au point que les États-Unis sont le deuxième marché mondial pour la vente de matches à la demande, juste derrière l'Inde.

Ce tournoi commencera en 2010 et se déroulera sur un mois. Les matches auront lieu en format T-20, avantageux car ils ne dureront que trois heures plutôt que cinq jours, comme il arrive parfois avec la formule traditionnelle des "test matches". Cette taille réduite conviendrait beaucoup mieux aux canons du sport d'outre-Atlantique, où l'on partage souvent l'avis de Robin Williams. Et surtout aux chaînes de télévision, qui jugent les "test matches" peu intéressants en termes d'audience, et donc de publicité.

Le championnat de T-20 le plus suivi au monde est actuellement l'Indian Premier League (IPL). Créée en 2008, elle s'est révélée être une poule aux œufs d'or, générant des milliards de roupies en partenariats commerciaux. L'USACA s'est donc inspirée du modèle et du succès de l'IPL pour bâtir sa propre ligue. Son nom ? USPL, United States Premier League.

Cette fois, c'est bien l'Inde qui a réussi à exporter son concept aux États-Unis. "Elle n'a pas inventé le T-20 mais elle l'a développé et en a fait un succès commercial" explique Venu Palaparthi, un des hommes derrière le site Dreamcricket.com, affilié à l'USACA. "C'est un peu comme Google. Il y avait des moteurs de recherche avant, mais Google en a fait quelque chose d'un autre niveau."

Pour l'instant, on ne sait pas encore si l'USPL arrivera à attirer des grands noms, condition de sa réussite. Mais elle servira de tremplin à la jeune génération états-unienne, qui ambitionne de devenir une des meilleures nations du cricket dans les années à venir. Souvent formées de fils d'immigrés, les équipes juniors montrent de grandes capacités. Et beaucoup de bons joueurs étrangers sont venus s'installer aux USA. "Je pense que d'ici 2015 nous donnerons du fil à retordre à des nations comme la Nouvelle-Zélande, le Bangladesh ou le Zimbabwe" prédit Venu Palaparthi. En attendant de s'attaquer aux ogres que sont l'Angleterre, le Pakistan et, bien sûr, l'Inde.

Mike Alvarez, Aujourd'hui l'Inde, le 7 août 2009