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De l’eau dans le gaz entre les frères Ambani


Anil et Mukesh Ambani, deux des hommes les plus riches du monde, se retrouveront devant la Cour suprême en septembre pour régler un litige commercial lié au gaz indien. Depuis la mort de leur père, les deux frères sont en froid et l’épisode ne fait qu’envenimer leurs relations.

 

 

Les amateurs de Shakespeare y retrouveront un peu du Roi Lear. Un royaume, un père qui meurt et un pouvoir séparé en deux en même temps que la famille. En 2002, Dhirubhai Ambani laisse derrière lui un conglomérat gigantesque et la fortune qui y correspond, tous deux bâtis à partir de quasiment rien. Ses deux fils hériteront de Reliance et se partageront l'empire trois ans plus tard, citant des différends stratégiques.

Aujourd'hui, Mukesh et Anil n'ont toujours pas fait la paix. Cela ne les empêche pas de prospérer, chacun de leur côté. L'ainé est le septième homme le plus riche du monde selon le magazine Forbes, sa fortune étant évaluée à 13,9 milliards d'euros. Anil, plombé par la crise économique mondiale, est tombé de la 6e à la 34e place. Il possède cependant toujours une comfortable fortune de 7,2 milliards d'euros et vient de signer un contrat à 585 millions avec la maison de production cinématographique de Steven Spielberg, Dreamworks.

Mais il sait qu'il peut faire mieux. Son entreprise de fourniture de gaz, Reliance Natural Resources Limited (RNRL), paie trop pour sa matière première selon lui. Détail ironique, c'est Mukesh qui lui vend ce gaz. Et il n'a surtout pas l'intention de faire de cadeaux.

Le gaz est exploité par Reliance Industries Limited (RIL, propriété de Mukesh) dans le bassin de Krishna-Godavari, sur la côte est de l'Inde, en vertu d'un accord conclu avec l'État en 2002. En principe, c'est ce dernier qui fixe le prix du gaz qui sera revendu. Mais les frères, encouragés par leur mère, sont convenus en 2006 d'un tarif à 2,34 dollars le million de "British thermal units" (Btu, mesure anglo-saxonne). Bien en deçà des 4,20 dollars voulus par le gouvernement.

Pour l'instant, c'est le prix fixé par l'État qui prévaut. "Le gaz n'appartient ni à Mukesh, ni à Anil Ambani", rappelle Murli Deora, ministre du Pétrole et du gaz naturel. "Il appartient au gouvernement." Une situation qui arrange Mukesh Ambani, puisqu'il peut continuer à vendre son gaz 79% plus cher.

Le président de RNRL dénonce clairement une connivence entre son frère et le ministre, qui serait un proche. "Il est malheureux que RIL ait usé de toutes les ruses légales possibles – et apparemment d'autres qui ne l'étaient pas – pour se sortir d'une obligation solennelle, juridique et contractuelle", a-t-il fustigé devant ses actionnaires. Pour lui, l'État n'a rien à dire. "Le gouvernement ne perdra pas la moindre roupie si Reliance Industries vend le gaz en dessous du prix qu'il a fixé"

Anil a presque raison. L'État ne touche qu'un pourcent de la plus value, le reste alimentant la colonne "bénéfices" de RIL. D'où les soupçons de pressions de la part de Mukesh sur le ministre. Le cadet a d'ailleurs appelé Murli Deora à démissionner en début de semaine, provoquant un énorme tollé.

Mukesh ne souhaite pas en rajouter. "Je pense qu'on en a assez dit sur cette affaire dans le domaine public. Maintenant, nous devrions tous avoir la décence et la courtoisie de limiter nos commentaires", déclarait son porte-parole Harish Salve, en allusion à Anil Ambani.

L'affaire est déjà passée devant les tribunaux. Le 15 juin, la Haute cour de Mumbai a donné raison au frère cadet, jugement que n'a pas avalisé la Cour suprême indienne. Elle reprendra le dossier à partir du 1er septembre, avec les premières auditions.

 

Mike Alvarez, Aujourd'hui l'Inde, le 3 août 2009