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En manque de films comiques et de satire politique

  
La vie quotidienne en Inde est une intarissable source d’inspiration pour la comédie. Nous avons d’ailleurs toujours eu de très vivants Hasya Kavi Sammelan [festivals de poésie satirique], mêlant habilement commentaire social et humour. Mais alors, pourquoi l’Inde urbaine est-elle une contrée où les seules personnes que vous voyez s’esclaffer sont les participants aux clubs de rire [groupes existants depuis une dizaine d’années et dont le but est de provoquer des rires collectifs dans un but quasiment thérapeutique] dans les parcs du coin ? Nous ne produisons pas assez de films comiques. Demandez à n’importe qui quelle est sa comédie hindi préférée, et il citera à coup sûr de vieux films. Nous n’avons pas en Inde de comedy clubs à l’américaine ; vous pouvez compter les comiques vraiment drôles sur les doigts d’une seule main. Sommes-nous condamnés à jamais à la blague de mauvais goût ?

“Les Indiens ont un sens de l’humour merveilleusement développé, mais nous refusons catégoriquement de l’admettre”, estime le comique Vir Das. Peut-être est-ce la peur du qu’en-dira-t-on, mais nous cherchons toujours à nous conformer à ce que les autres jugent drôle, poursuit-il. En Inde, la plupart des comiques sont des imitateurs, ils ont un répertoire qui se résume pour l’essentiel à des blagues racistes ou communautaires, selon lui. C’est sans doute parce que le comique d’observation, autrement dit l’humour sur ces vérités quotidiennes et hilarantes auxquelles nous sommes tous confrontés, est une forme d’écriture plus complexe. Et il y a plus rare que le comique d’observation : la satire politique. Kunaal Roy Kapur, ancien comique et réalisateur, a son explication : “Nous manquons d’humour politique parce que nous connaissons mal la politique. Nous sommes un peuple obnubilé par des choses d’importance secondaire.” Cela expliquerait pourquoi l’Afrique du Sud, l’une des nations les plus politisées de la planète, a nourri une génération de comiques qui ont grandi sous l’apartheid et qui produisent aujourd’hui une analyse politique et sociale unique en son genre. Selon Kunaal Roy Kapur, si les citoyens se mettent réellement à s’intéresser à la politique – on a vu s’amorcer ce mouvement dans la foulée des attentats de Bombay, le 26 novembre dernier –, l’humour sera bien obligé de suivre. Les choses sont peut-être en passe de changer. Vir Das et Kunaal Roy Kapur sont tous deux les vedettes d’une nouvelle comédie, Delhi Belly, qui doit sortir cette année. Finalement, certains se démènent vraiment pour nous faire rire.


Priya Ramani, Livemint (New Delhi), le 1er août 2009, in Courrier International.