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Le premier ministre indien, Manmohan Singh, a tenté de dissiper, mercredi 29 juillet, devant le Parlement de New Delhi, la polémique suscitée par la déclaration commune rédigée, le 16 juillet, avec son homologue pakistanais, Youssouf Raza Gilani, en marge du sommet des pays non-alignés de Charm El-Cheikh.

Sous le feu des critiques de son camp, le Parti du Congrès, et du parti de l'opposition, le BJP, le texte annonçait l'organisation de "rencontres" régulières entre les secrétaires d'Etat aux affaires étrangères des deux pays. En s'associant à cette déclaration, "le premier ministre est allé tout droit dans le camp du Pakistan", s'est indigné Yashwant Sinha, ministre des affaires étrangères sous l'ancien gouvernement du BJP.

M. Singh a défendu le dialogue comme étant la seule voie possible de règlement du conflit, tout en reprenant à son compte la doctrine énoncée par Ronald Reagan pendant de la guerre froide : "Faire confiance mais vérifier." "Il n'y a pas d'autre solution, à moins que nous voulions la guerre", a-t-il déclaré au Parlement.

Huit mois après les attentats de Bombay, le 26 novembre 2008, l'Inde est décidée à reprendre, avec précaution, le chemin des discussions. Cette stratégie permet de maintenir la pression sur son voisin. Quelques jours après la déclaration de Charm El-Cheikh, le Pakistan a renvoyé devant la justice cinq suspects des attentats de Bombay.

EVITER L'INGÉRENCE AMÉRICAINE

M. Singh est toutefois resté prudent, en affirmant qu'il y avait eu "des progrès, mais pas de progrès adéquats", de la part du Pakistan sur le dossier de Bombay. La reprise du dialogue sera donc graduée. Le premier ministre indien n'a pas annoncé de reprise du dialogue au plus haut niveau de l'Etat, interrompu par les attentats de Bombay. Seules des rencontres entre secrétaires d'Etat aux affaires étrangères sont envisagées.

En renouant ainsi les contacts avec le Pakistan, l'Inde veut surtout éviter l'ingérence des Etats-Unis. La tentative de Washington, au lendemain de l'élection de Barack Obama, d'inclure la question du Cachemire dans le règlement de la question afghano-pakistanaise, avait profondément irrité New Delhi. "Si nous ne dialoguons pas avec le Pakistan, nous aurons à dépendre d'une tierce partie pour cela. Cette route comporte des limitations très sévères quant à son efficacité, et, pour le long terme, l'implication de puissances étrangères n'est pas de notre goût", a déclaré M. Singh.

Le premier ministre est en revanche resté évasif, devant le Parlement, sur une phrase de la déclaration de Charm El-Cheikh, qui avait mis le feu aux poudres coté indien : "Le premier ministre (pakistanais) Gilani a mentionné que le Pakistan disposait d'informations qui faisaient état de menaces au Baloutchistan et dans d'autres régions."

Jusqu'à présent, l'Inde s'était bien gardée de mentionner la question du Baloutchistan dans son dialogue avec le Pakistan, pour ne pas être soupçonnée de soutenir les séparatistes d'une région qui s'étend jusqu'en Iran et en Afghanistan. Manmohan Singh a affirmé, mercredi, qu'il n'avait reçu du Pakistan aucun dossier compromettant à ce sujet, tout en ajoutant que l'attitude de l'Inde était aussi lisible qu'un "livre ouvert".

Julien Bouissou, Le Monde, 1er août 2009.