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La sécheresse menace la production agricole indienne



L’agriculture indienne commence à pâtir sévèrement de la faible mousson qui affecte le sous-continent cette année. Dans certaines régions, l’état de sécheresse a déjà été décrété, alors que le manque à gagner pourrait s’avérer dramatique pour les producteurs.

 

 

 

64% de moins. Le niveau de pluie dans la région du Bihar est très loin de la normale saisonnière. C'est un cas extrême mais pas isolé. Dans l'ensemble du pays, on déplorait au 22 juillet une baisse de 19% des précipitations par rapport à la moyenne historique. Dans le Nord, on tourne autour de 40%.

La mousson, saison des pluies qui dure quatre mois et commence généralement debut juin dans le sud, est vitale. Elle conditionne la culture de nombreuses semences, et notamment le riz, élément essentiel de l'alimentation indienne. La pénurie d'eau a donc des effets considérables sur la production.

Certains agriculteurs n'ont pas encore pu semer et d'autres ne le feront même pas. Obligés d'irriguer leurs champs artificiellement, ils n'ont plus de quoi se payer du carburant pour faire tourner les machines. La récente hausse du prix du diesel n'a pas arrangé les choses.

Pour 60% des agriculteurs, l'irrigation n'est même pas une option. Ils dépendent entièrement des eaux de pluie. La récolte de cette saison sera inférieure à celle de l'année dernière pour la grande majorité. Et celle de cet hiver aussi est menacée, car elle dépend de l'humidité qui s'accumule dans les sols pendant la mousson.

L'Uttar Pradesh est surnommé le « panier à pain » d'Inde. 21% des céréales du pays y sont produites. Dans 47 de ses 70 districts, l'état de sécheresse a été décrété. La semence est en baisse de 70% par rapport à la même période en 2008.

Le ministre de l'Agriculture indien admet que la situation devient très inquiétante. "Des plans de secours sont mis en place actuellement dans les zones où cette période de sécheresse se prolonge", a annoncé Sharad Pawar. Le gouvernement pourrait chercher à compenser le manque de riz  par la culture d'autres denrées. Comme exemple, le ministre a cité les graines oléagineuses et les légumes secs.

Paradoxalement, les inondations dans certaines régions ont fait flamber les prix d'aliments comme les tomates, les lentilles et les pommes de terre. L'enchérissement dépasse parfois les 20%. Certaines familles qui n'arrivent même plus à se fournir. La tendance est au retour à la normale, mais la sécheresse actuelle laisse imaginer une hausse des prix encore plus brutale pour des denrées indispensables comme le riz.  La loi du marché est parfois impitoyable. En pleine crise économique, la nature aussi.

L'impact sur l'économie réelle serait dévastateur si la pluie ne revenait pas à un niveau normal, l'agriculture comptant pour 18% du PIB. "Avec un manque de précipitations de 20 à 25%, la croissance de l'Inde pourrait passer sous les 5% cette année fiscale" prédit Mridul Saggar, économiste chez Kotak Securities. On est loin des 7% escomptés par le gouvernement.

Bonne nouvelle, la mousson s'est renforcée, avec plus de pluies que d'habitude cette dernière semaine. En espérant que ce ne soit pas trop tard.
 
Mike Alvarez, Aujourd'hui l'Inde, le 29 juillet 2009