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La réalité de la société indienne rattrape le jeu de télé-réalité



Deux semaines après son lancement sur la chaîne Star Plus, l’émission "Sach ka Saamna" a conquis une partie du public, et scandalisé l'autre. En réaction à l'exhibitionnisme du programme, le parlement, le gouvernement et certaines personnalités réclament d'une même voix la mise en place d'une nouvelle institution de contrôle.

 

"Star Plus présente Sach ka Saamna ("Face à la vérité"), l'émission où les participants révèlent les vérités les plus dérangeantes devant leurs proches, dans l'espoir de gagner dix millions de roupies." Deux semaines après son lancement en Inde, l'émission de télé-réalité dérange elle-même.

Les membres du parlement indien ont réclamé lundi la mise en place d'un nouvel organisme de contrôle des programmes télévisés, une semaine après l'envoi par la ministre de l'Information et de l'Audiovisuel Ambika Soni d'un avertissement à la chaîne Star Plus pour non respect du règlement audiovisuel. Elle y dénonçait l' "offense au bon goût et à la décence" de l'émission, adaptée de son alter-ego américain "The moment of truth".

Ambika Soni s'est associée à la requête des parlementaires et a annoncé être en discussion avec les diffuseurs afin de mettre en place une telle structure, qui serait composée à la fois de représentants de la société civile, du ministère et des médias.

Sommée de répondre à l'avertissement, Star Plus a répondu mardi par la voix d'un de ses responsables que l'émission n'est ni obscène ni vulgaire, diffusée à une heure tardive (22h30) et respectueuse du règlement, a rapporté le Business Standard.

Sach ka Saamna est tout ce qu'il y a de plus racoleur. Après un passage au détecteur de mensonges hors caméra, les participants doivent à nouveau répondre à 21 questions intimes et/ou dérangeantes, mais cette fois en public et en présence de la famille et du conjoint. Si leur nez ne s'allonge à aucune des réponses, ils repartent avec dix millions de roupies (150.000€).

Dans une société où le mariage et le couple sont sacrés, la pudeur recommandée, l'exhibitionnisme peu apprécié et les comptes de fées bollywoodiens surconsommés, les questions du type "Avez-vous déjà entretenue une relation avec un homme marié ? " ou "Auriez-vous aimé naître dans une autre famille ?" peuvent choquer.

Dans une lettre au ministère de l'Information et de l'Audivisuel, le président de la fédération des jeunes Jaïns a demandé l'interdiction de l'émission, au motif que "l'Inde est connue pour ses traditions, sa culture et ses valeurs humaines", et que le programme "aura un impact négatif sur les gens".

"C'est comme quelqu'un qui se déshabille en public pour gagner de l'argent, sauf que c'est diffusé sur un média social regardé essentiellement en famille", estime le réalisateur Shyam Benegal, tout en pointant du doigt le mauvais fonctionnement du Censor Board (organisme chargé de la censure des films et de la télévision). Il réclame lui aussi l'instauration d'un nouvel organisme de contrôle.

 

Yann Henaff, Aujourd'hui l'Inde, le 28 juillet 2009