Blue Flower

Après les violences, l'Australie tente de rassurer les Indiens

 

La série d’attaques sur des étudiants indiens en Australie a tendu les relations entre les deux pays. Entre faits divers et déclarations, tout est prétexte à relancer le débat sur le caractère raciste de ces événements.

 

 

L'agression aurait pu passer inaperçue. Mais l'information était lundi dernier dans les principaux journaux indiens, relayée par l'agence Press Trust of India. Deux étudiants indiens attaqués devant un hôtel de Sydney, un épisode de plus venu compléter la longue liste de victimes de violences racistes en Australie. Sauf que ces jeunes étaient en fait… des Saoudiens.

L'événement montre à quel point les Indiens se sentent menacés en Australie. La détérioration de la situation est telle que les membres du gouvernement australien multiplient les déclarations, condamnant ces attaques. Elles feront même partie des principaux sujets abordés lors des prochaines visites en Inde du Premier ministre australien, Kevin Rudd.

Car l'enjeu est considérable. Les étudiants étrangers rapporteraient près de 9 milliards d'euros par an à l'Australie, ce qui en fait le troisième secteur d'exportation le plus lucratif. Hormis l'aspect économique, les Indiens sont des valeurs intéressantes pour le futur. "L'Inde est un pays jeune avec une population jeune alors que nous sommes un pays vieillissant", déclarait récemment Chris Evans, ministre de l'Immigration. "Nous comptons sur les médecins indiens, les spécialistes des technologies de l'information et de la communication et sur la main d'œuvre qualifiée de ce pays pour les 40 années à venir."

Les attaques sont donc une menace pour le gouvernement, soucieux de minimiser l'aspect raciste de ces crimes. "Beaucoup de ces étudiants ont été agressés autour de 4 heures du matin dans des endroits peu recommandables",  explique le ministre de l'Immigration. Ils sont nombreux à travailler à mi-temps pour financer leurs études et sont parfois obligés de traverser des zones à forte criminalité à des heures tardives.

Mais certaines de ces agressions ont des relents clairement xénophobes. "Il y a des victimes à qui on a dit ‘rentrez chez vous les Indiens'", raconte Gautam Gupta, porte-parole de la Fédération d'étudiants indiens en Australie (FISA). "Si ça ce n'est pas du racisme…" Il existe même un nom pour qualifier ce type d'attaques : le "curry bashing".

Le fait que les autorités australiennes ne reconnaissent pas explicitement la nature raciste de ces crimes n'aide pas à trouver les bonnes réponses. Néanmoins, il y a des avancées. Notamment dans l'État de Victoria, où le caractère raciste d'une violence à la personne pourra être retenu pour infliger des peines plus lourdes aux agresseurs. Dans le même État, la police locale a créé un groupe pour mieux lutter contre ces attaques, avec la participation d'étudiants indiens.

Pour que des mesures soient prises sur le plan national, FISA effectue du lobbying auprès du gouvernement."Nous souhaitons qu'il y ait un plus grand effort de communication et que les punitions soient plus sévères", précise Gautam Gupta. Il rappelle le cas d'adolescents qui ont été condamnés à 6 mois de prison après avoir laissé un Indien dans le coma pendant trois semaines. Pour lui, les attaques sont liées à l'essor de la criminalité dans le pays. "Il y a eu une augmentation de 55% sur les dix dernières années", avance-t-il.

Ces événements n'empêchent cependant pas les Indiens de vouloir étudier en Australie. En juin, il y a eu 8% de demandes d'inscriptions en plus par rapport à mai, malgré les nombreux faits divers qui ont émaillé l'actualité.

 

Mike Alvarez, Aujourd'hui l'Inde, le 27 juillet 2009