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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

Les naxalites mettent en péril la stabilité de l'Inde


Les rebelles maoïstes en Inde sont devenus les ennemis publics n°1, menaçant la stabilité du sous-continent à coups d'attaques audacieuses que les autorités se montrent incapables de déjouer. Le gouvernement indien a admis, mercredi, avoir sous-estimé la menace naxalite et prévoit déormais de nouvelles mesures pour lutter contre la guérilla.

 

Leur dernier coup d'éclat remonte à dimanche lorsqu'ils ont abattu 30 policiers dans deux embuscades tendues dans les forêts de l'Etat reculé du Chhattisgarh, l'un des bastions de l'insurrection. Les maoïstes se sont ensuite évanouis dans la jungle, sans même un blessé et sans que les forces de sécurité n'aient le temps de riposter.

"Les maoïstes ont pour eux trois qualités : ils frappent à la dérobée, rapidement et par surprise. En ce sens, ils gardent toujours l'initiative", résume pour l'AFP P.V. Ramana, de l'Institut d'analyses et d'études en matière de défense de New Delhi.

Quinze des 35 Etats et territoires de l'Union indienne, sur un couloir allant de l'Est au Sud-Est, sont confrontés depuis 1967 à des poches de rébellions maoïstes. Au total, 165 des 600 départements du pays seraient, à des degrés divers, sous l'influence de ces 10.000 à 20.000 guérilleros d'extrême gauche que les Indiens appellent les "naxalites"ou les "terroristes rouges"  .

Ces dernières années, leurs attaques ont changé de dimension : plus spectaculaires, plus violentes et frappant les forces de l'ordre. A tel point qu'en 2006, le Premier ministre Manmohan Singh a qualifié les maoïstes de plus grande menace pour la sécurité nationale. En mars 2007, pour la première fois, ils avaient assassiné un député fédéral de l'Etat du Jharkhand, un autre berceau de l'insurrection.

Les rebelles avaient aussi réussi l'an passé à faire libérer 300 de leurs combattants emprisonnés, à couler un bateau transportant des commandos d'élite de la police, à perturber les législatives d'avril-mai en tuant une vingtaine d'électeurs et en prenant en otages 300 passagers d'un train. Environ 800 personnes avaient trouvé la mort en 2007 dans des violences liées aux maoïstes. Elles sont déjà 455 à avoir perdu la vie depuis le 1er janvier, dont un tiers rien que dans le Chhattisgarh, selon le ministère de l'Intérieur.

En guise de réponse, New Delhi a officiellement interdit en juin le Parti communiste de l'Inde-Maoïste (PCI-Maoïste) en le classant parmi les organisations terroristes. Cette formation est née en 2004 de la fusion de deux organisations déjà clandestines. Mais des experts de la lutte anti-insurrectionnelle doutent de l'efficacité d'une telle mesure.

A la suite de la récente attaque au Chhattisgarh, le ministre indien de l'Intérieur P. Chidambaram a avoué que l'Inde avait "sous-estimé" la menace naxalite, qui pose désormais selon lui un "grave problème à l'Etat" . "Nous sommes en train de mettre en place une stratégie avec les gouvernements régionaux", a t-il déclaré au quotidien Times of India, précisant qu'un conseiller militaire avait été nommé pour coordonner les opérations de cette mission au niveau fédéral.

Sur le terrain, "les maoïstes exploitent les faiblesses des forces de sécurité", explique Kanwar Pal Singh Gill, l'ancien chef de la police du Pendjab (nord) qui était parvenu dans les années 1990 à briser une insurrection indépendantiste de sikhs. "Ils surveillent tout simplement les patrouilles routinières des forces de l'ordre et les attaquent", constate l'officier.En outre, l'Inde "manque de policiers et de commandos bien entraînés", complète Ajai Sahani, directeur de l'Institut de gestion des conflits à New Delhi.

Quand on peut exceptionnellement les approcher, les maoïstes affirment mener la lutte armée contre de grands propriétaires terriens et les sociétés minières, pour la défense des paysans sans terre et des tribus dans des Etats indiens où la puissance publique (éducation, santé, infrastrustures) est quasiment inexistante.

"Sur près de 20% du territoire national, il n'y a pas de gouvernement. Ce sont des régions habitées par des tribus et les plus pauvres parmi les pauvres, les oubliés de l'expansion économique", souligne l'économiste Paranjoy Guha Thakurta. "C'est le terreau idéal de l'extrême gauche", dit-il. "Les maoïstes ne sont pas réellement puissants. C'est l'Etat qui est faible", acquiesce M. Sahani.

 

Elizabeth Roche (AFP), in Aujourd'hui l'Inde, le 16 juillet 2009