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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

Claire Dijoux, l’énergie bienfaisante de l’ONG Inter Aide à Pune


Après avoir travaillé en Équateur puis en France au service des plus déshérités cette Française de 29 ans, a posé ses valises à Pune il y a deux ans. Elle y coordonne les activités sociales de l’ONG française Inter Aide. Portrait.

 

 
 
 
 
Claire Dijoux écoute les questions avec attention puis elle prend la parole d'une voix douce comme une berceuse.  Elle s'excuse de "ne jamais savoir quoi répondre en entretien", alors que son langage est précis, son élocution irréprochable, son propos linéaire et riche. A 29 ans, la jeune femme originaire de la Réunion s'est confrontée aux destins les plus difficiles, d'abord en Équateur, où elle s'occupait de réinsertion éducative pour des enfants défavorisés, puis en France auprès d'exilés et de demandeurs d'asile. Depuis deux ans, elle travaille à Pune, dans le Maharashtra, sur des programmes de développement social dans les bidonvilles.

"C'est le descriptif du poste chez Inter-Aide qui m'a amenée en Inde", reconnaît-elle d'emblée. "Le fait que la mission ait lieu ici est venu comme la cerise sur le gâteau". Inter Aide, une organisation humanitaire française fondée en 1980, est implantée sur le sous-continent mais aussi aux Philippines, en Haïti et à Madagascar. En Inde, un de ses premiers pays d'intervention, l'ONG mène différents projets à Bombay et à Pune : accès au micro-crédit et à la formation, accompagnement social de familles et éveil à la petite enfance, ainsi qu'une mutuelle de santé dédiée aux personnes pauvres (les cotisations débutent à 100 Roupies par an) et un programme de lutte contre la tuberculose.

Claire est responsable du volet social à Pune. Son rôle ? Des visites aux familles dans les bidonvilles aux côtés des travailleuses sociales indiennes, la gestion de la comptabilité des projets, l'établissement des programmes avec les ONG partenaires, et beaucoup de ressources humaines. Une fonction multi-facettes qui exige une excellente connaissance du terrain. "Malheureusement, je ne me rends pas sur place aussi souvent que je le souhaiterais", regrette-t-elle.

A Pune, Inter-Aide suit environ 5000 personnes par an, réparties dans 10 bidonvilles. Pendant 6 mois, chaque famille bénéficie d'une visite hebdomadaire à domicile, avec un objectif individualisé. Scolarisation des enfants, résolution d'un conflit belle-mère/belle-fille, amélioration de problèmes de violence conjugale ou d'alcoolisme, l'éventail est large et la tâche parfois ardue… "Certains sujets sont très sensibles. Les Indiens n'ont pas la même liberté de parole et d'opinion que dans d'autres cultures. La société est empreinte d'une violence structurelle : les individus doivent remplir un rôle prédéfini sur lequel ils sont jugés", explique la jeune femme. Alors il faut composer avec les tabous culturels, les susceptibilités sociales et la hiérarchie à respecter.

Avant de partir en Inde, Claire avait volontairement omis de se documenter, afin d'arriver vierge de préjugés. Elle découvre des réalités très différentes d'un quartier à l'autre. "On imagine que tous les bidonvilles se ressemblent, mais c'est faux. Les populations sont aussi diverses que leurs conditions de vie. Certaines familles vivent encore sous tente, d'autres dans des huttes en tôle, d'autres encore dans de petites maisons en dur à deux étages."

Contrairement à d'autres régions du monde, en Inde, les résidents des slums sont majoritairement en situation d'emploi. Mais une fois encore, les situations ne sont pas uniformes, comme le raconte Claire. Du "ragpicker" (ramasseur d'ordures) le plus démuni au chauffeur de rickshaw relativement bien loti, de la rouleuse de bidis embauchée à la journée au balayeur municipal bénéficiant d'une certaine sécurité de l'emploi.

D'où une action au cas par cas, qui a prouvé son efficacité.  "C'est un poste épuisant, mais extrêmement gratifiant. Rien qu'en quelques mois, les gens modifient leurs habitudes et les changements sont visibles" conclut-elle dans un sourire lumineux.

 

Sarah Collin , Aujourd'hui l'Inde, le 10 juillet 2009