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La dépénalisation de l'homosexualité ne détend pas le gourou du Yoga


Les homosexuels qui célébraient le 2 juillet la dépénalisation des "relations charnelles contre-nature" par la Haute cour de Delhi le pressentaient, la fête ne tarderait pas à être gâchée. Une semaine plus tard, l'influent gourou Ramdev affirme que ce jugement menace les fondements de la société indienne et dépose une requête auprès de la Cour suprême.

 

 

 Baba Ramdev, 44 ans, est au yoga ce que Michael Jackson était à la musique : un personnage adoré, un talent reconnu par les foules et une machine à roupies. Ses fidèles le suivent dans ses recommandations et ses actions. Ils le suivront probablement dans sa dernière, la déposition d'une requête mercredi auprès de la Cour suprême pour contester la dépénalisation de l'homosexualité par la Haute cour de Delhi le 2 juillet.

Il rejoint ainsi la liste des dignitaires religieux hindous, chrétiens et musulmans défavorables à ce jugement, d'autres considérant pour leur part l'homosexualité comme un péché, mais pas comme un crime.

De tous les gourous, comme Sri Sri Ravi Shankar, Amma et ses étreintes, ou Sai Baba et ses "miracles", Baba Ramdev est sans doute le plus influent, car le plus médiatique. 

De l'Inde à l'Europe, les émissions de Baba Ramdev réunissent des millions de téléspectateurs, qui imitent ses exercices dans le but de guérir à peu près de tout. En Asie comme aux Etats-Unis, ses tournées rassemblent en plein air des foules prêtes à dépenser de quelques dizaines à quelques centaines d'euros pour écouter ses conseils ou le voir effectuer des vagues avec son ventre pour soigner l'obésité.

 

Il veut désormais soigner l'homosexualité. "L'homosexualité est une maladie curable, elle peut être traitée comme n'importe quelle anomalie congénitale, par le yoga, le pranayam (contrôle du souffle) et d'autres techniques de méditation", a-t-il déclaré.

"La décision de la Haute Cour, si elle fait jurisprudence, aura des effets catastrophiques sur la structure morale de la société et menace l'institution du mariage même", écrit-il dans la requête déposée auprès de la Cour suprême, citée par The Indian Express. "Elle heurte la structure du système indien de valeurs et de traditions hérité des écritures religieuses." Il ajoute dans le document qu'avec la dépénalisation de l'homosexualité, "il existe un risque important d'exposition d'une grande partie de la population à des maladies sexuellement transmissibles comme le Sida".

Il prétend d'ailleurs pouvoir aider les séropositifs, comme il prétend pouvoir sauver les cancéreux et les impuissants par le yoga, mais aussi grâce aux médicaments ayurvédiques produits par son entreprise, Baba Ramdev Inc.

Des médicaments dont la composition fut contestée en 2006 par une députée du parti communiste, qui affirma qu'ils étaient composés d'os humains et animaux. De quoi faire bondir les fidèles du gourou, majoritairement végétariens. Une première analyse confirma ces accusations, avant qu'une autre ne l'infirme, non sans que les amis politiciens, acteurs de Bollywood ou adeptes de base ne se soient mobilisés entre temps, provoquant une émeute à Delhi.

Les accusations de médecins dénonçant ses impossibles guérisons n'entachent pas plus sa popularité. Baba Ramdev est celui qui guérit, celui qui pense que le Coca et le Pepsi ne sont bons qu'à laver les toilettes, le gardien de la tradition hindouiste.

Les homosexuels qui l'apprécient pourront essayer ses exercices de souffle et de méditation pour retrouver l'amour de la femme. Les autres espéreront que la justice tiendra bon face aux assauts de la société.

Yann Henaff, Aujourd'hui l'Inde, le 9 juillet 2009