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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

G8: L'Inde veut sa place à la table des grands


Le Premier ministre indien Manmohan Singh profite de l’ouverture du sommet du G8 pour faire entendre la voix de l’Inde auprès des principaux pays industrialisés. Les instances internationales, mais aussi les négociations concernant les réductions de gaz à effet de serre, seraient selon lui à revoir.

 

 

Le monde a profondément changé depuis 1945, mais les organisations internationales ont à peine suivi ces transformations. Le message de Manmohan Singh est clair : les pays émergents n'ont pas la place qu'ils méritent dans le concert des nations.

Alors qu'il retrouve aujourd'hui les dirigeants des pays les plus riches, le Premier ministre indien a voulu leur mettre un coup de pression. Les représentants des nations du G8 sont réunis jusqu'à vendredi à l'Aquila, en Italie, pour le sommet annuel du groupement. Et comme l'année dernière, les chefs de gouvernement de cinq pays émergents, dont l'Inde, y participeront également.

Cette nouvelle disposition ne satisfait pas entièrement Manmohan Singh, qui en demande plus. La formule actuelle permet aux membres du G5 d'être invités à certaines discussions, mais pas à toutes. D'où l'idée que ce groupement parallèle n'est pas considéré à sa juste valeur, alors que les pays émergents contribuent largement à la croissance économique mondiale.

L'élargissement d'un G8 devenu obsolète à un groupe de 20 nations qui prendrait en compte les nouveaux acteurs économiques majeurs, comme les pays du G5, est un des sujets important qui doit être débattu au sommet de L'Aquila.

Mais c'est surtout l'ONU, et particulièrement son Conseil de sécurité, que le Premier ministre juge peu représentative du nouvel ordre mondial. "Le disfonctionnement des structures existantes a mené à une dépendance grandissante sur les organisations plurilatérales", juge-t-il, en faisant allusion au G8. Concernant le Conseil de sécurité, il met en cause un système à deux niveaux, "qui offre un droit de veto aux cinq membres permanents, c'est-à-dire les nations sorties gagnantes de la Seconde guerre mondiale"

Sur le dossier environnemental aussi, il y aurait inégalité entre pays développés et le reste du monde. L'Inde refuse de se fixer des limites concernant l'émission de gaz à effet de serre tant que les pays développés, les États-Unis notamment, n'en auront pas fait autant. "Nous voyons aujourd'hui les  conséquences de plus de deux siècles d'activité industrielle et de modes de vie liés à une consommation importante, qui se sont déroulés dans les pays développés, a déclaré le chef du gouvernement indien. Ils doivent en assumer la responsabilité historique." Les pays du G8 ont fixé hier une réduction  mondialede 50% des émissions carbone comme objectif pour 2050.

Manmohan Singh pourra en toucher un mot au président étasunien Barack Obama, avec qui il devrait s'entretenir à l'Aquila. Il semblerait que sa secrétaire d'État, Hillary Clinton, soit sensible à une réforme de la structure actuelle de l'ONU, souhaitant justement offrir un rôle plus important aux nations émergentes. Par ailleurs, elle déclarait mardi que les États-Unis souhaitaient créer des liens très solides avec New Delhi, à une semaine de sa visite dans la capitale indienne.

En attendant le bilan du sommet de l'Aquila, les déclarations du Premier ministre ne sont  doncpeut-être pas tombées dans l'oreille d'une sourde.

 Mike Alvarez, Aujourd'hui l'Inde, le 9 juillet 2009