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Le budget 2009-2010 creuse encore plus le déficit public indien


Le gouvernement a présenté aujourd’hui un budget 2009-2010 aux dépenses en forte augmentation, afin de revenir à des taux de croissance proches de 9% dans les années à venir. Les recettes devraient diminuer à court terme, à cause notamment de l’extension de plusieurs exonérations d’impôt. D’où d’énormes craintes concernant le déficit, prévu à 6,8%.

 

 

On pourrait comparer ce budget à un plan de relance, le nom en moins, tant la stratégie du gouvernement indien face au ralentissement de l'économie s'inspire des préceptes keynésiens. Le ministre des Finances, Pranab Mukherjee, mise sur un important investissement dans les infrastructures, couplé à des avantages fiscaux, pour limiter les effets de la crise.

Au total, il prévoit un déficit à 6,8%, supérieur aux 6,2% calculés pour l'année dernière et surtout aux 2,7% de 2007-2008. Ce chiffre inquiète les investisseurs, qui voient dans ce manque de rigueur budgétaire un risque pour la solidité de leurs placements. Pour le ministre, cet endettement est nécessaire afin d'atteindre 7% de croissance pour cette année fiscale, puis retrouver le rythme de 9% d'avant la crise.

Le gouvernement a choisi d'alléger le poids de la crise sur la classe moyenne grâce à une extension des exonérations fiscales. Le seuil pour payer l'impôt sur le revenu est revu à la hausse, de 150 000 à 160 000 roupies par an (2 371 euros), les femmes et les seniors bénéficiant aussi d'une augmentation de cette limite, de 10 000 et de 15 000 roupies respectivement. Les entreprises aussi sont visées par ce changement de politique, l'impôt sur les avantages en nature ayant été supprimé, ainsi qu'une taxe sur les échanges de commodités. L'impôt sur les sociétés n'a, lui, pas été retouché, contrairement à ce que souhaitaient les entrepreneurs du pays.

Ces derniers devraient néanmoins se satisfaire de la volonté affichée par Pranab Mukherjee d'augmenter les dépenses en infrastructures, qu'il prévoit d'amener à 9% du PIB d'ici 2014. Cette année, les autoroutes indiennes bénéficieront d'une manne en hausse de 23% par rapport à 2008-2009. Mais c'est au niveau du programme de renouvellement urbain qu'on observe la progression la plus spectaculaire, +87%.

Comme l'avait promis le Parti du Congrès pendant la campagne des législatives du printemps, le budget prend aussi en compte les besoins sociaux des Indiens. Des dépenses supplémentaires concerneront le logement des personnes les plus pauvres résidant dans les villes, l'objectif déclaré par le ministre étant d'éradiquer les bidonvilles en cinq ans. En zone rurale, les agriculteurs pourront disposer de prêts plus avantageux, à condition de les rembourser à temps.

Contrairement à ce que laissait penser le rapport publié jeudi dernier par le ministère des Finances, aucune entreprise publique ne sera privatisée. Le ministre a tout juste précisé que certaines d'entre elles feront appel au marché pour satisfaire certains de ses besoins en financement, mais dans une proportion limitée. Il en a même profité pour saluer la clairvoyance d'Indira Gandhi, qui avait nationalisé les groupes bancaires indiens il y a 40 ans, estimant que c'est grâce à cette mesure que ceux-ci n'avaient pas trop ressenti les effets de la crise financière mondiale.

Le bilan des dépenses prévues par ce budget dépasse pour la première fois la barre des mille milliards de roupies (14,82 milliards d'euros). Le gouvernement table donc sur des revenus plus élevés, malgré les réductions d'impôts, notamment par un renforcement de la lutte contre la fraude fiscale. L'objectif est d'arriver à contenir le déficit public à 3% dès 2012. Pour l'instant, les réactions sont plus que mitigées, la bourse de Bombay chutant de 5,8% lundi.

Mike Alvarez, Aujourd'hui l'Inde, le 6 juillet 2009