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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

Inde : une croissance à 7%, à condition de réformer vite et en profondeur

A la veille de la présentation du budget 2009-2010, attendu ce lundi, le ministère des finances indien a dévoilé jeudi son rapport annuel sur l’économie nationale. Il prévoit une croissance autour de 7% sur l’exercice en cours, à condition de mettre en œuvre certaines réformes- pour certaines attendues depuis bien longtemps.

 

 

 
 

Un retour rapide aux taux de croissance himalayens enregistrés par l'économie indienne avant la crise mondiale passera obligatoirement par une libéralisation accrue. Telle est la conclusion du rapport annuel (Economic Survey) préparé par le ministère des Finances, rendu publique jeudi dernier, alors que doit être présenté aujourd'hui le budget du gouvernement qui courra jusqu'en mars 2010. Le ministère estime qu'en appliquant des réformes fortes dans ce sens, l'Inde pourrait renouer avec un taux de croissance à 7% sur l'année fiscale 2009-2010 - pas encore au niveau des années précédant la crise, mais en progrès par rapport aux 6,7% de 2008-2009.

Les grands groupes étrangers pourraient ainsi être autorisés à s'implanter sur le marché indien du commerce de détail, qui n'est pour l'instant ouvert qu'aux enseignes unimarques. Le mois dernier, juste après la réélection du parti du Congrès aux élections législatives, le nouveau ministre du Commerce et de l'Industrie, Anand Sharma, avait pourtant assuré que cette réforme, attendue depuis des années, n'était pas encore à l'ordre du jour. La volonté du gouvernement de revenir à des taux de croissance plus proches des 9% annuels le plus vite possible l'aurait peut-être poussé à revoir ses plans.

Afin d'assurer à l'État d'autres recettes, directes cette fois-ci, le Economic Survey préconise la privatisation partielle de certaines entreprises publiques, à hauteur de 250 milliards de roupies (3,72 milliards d'euros). Alors que le gouvernement sortant avait abandonné cette stratégie sous la pression des communistes, la compagnie publique de transport ferroviaire, le plus gros employeur au monde, pourrait ainsi profiter d'un désengagement de l'État, tout comme les secteurs du charbon et de l'énergie nucléaire. Le ministère des Finances souhaiterait aussi créer une nouvelle taxe sur les biens et les services, dans le but d'augmenter les recettes publiques mais aussi de simplifier le système des impôts.

Côté dépenses, le rapport propose de réduire les subventions aux agriculteurs, ainsi que celle destinées à réduire le prix de l'essence à la pompe. Alors que le déficit budgétaire a replongé, l'an dernier, le gouvernement a d'ailleurs annoncé mercredi une hausse des prix des carburants de près de 10% pour l'essence et le diesel. Ceux-ci restent pour autant largement subventionnés. Compte tenu de la baisse des cours mondiaux depuis le pic atteint en 2008, le ministère des Finances appelle d'ailleurs à ce que les tarifs soient indexés sur ceux du marché, ce qui permettrait à l'Etat de réaliser des économies colossales. Mais un changement aussi radical serait politiquement ambitieux, tant la population aurait du mal à accepter un enchérissement brutal de cette denrée indispensable.

Maintenant que les élections sont passées, le gouvernement aura-t-il le courage politique de prendre de telles décisions ? Les premières réponses devraient tomber aujourd'hui avec la présentation officielle du budget, qui sera ensuite débattu au Parlement avant d'être mis en application à compter du 7 août. Il ne s'agira cependant pas d'une enveloppe complète, puisqu'il ne portera que sur la période s'étalant jusqu'au 31 mars 2010. En raison des élections législatives, un budget intérimaire avait en effet déjà été voté en mars.

 

Mike Alvarez, Aujourd'hui l'Inde, le 6 juillet 2009