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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

La "reine des intouchables" se bâtit une image aux frais du contribuable



Mayawati Kumari a récemment fait construire 40 statues géantes dans son état d'Uttar Pradesh, dont six à son effigie. L'opposition s'insurge, jugeant leur coût beaucoup trop élevé pour les caisses d'une région où plus de 50 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté.

 


Mayawati s'est fait construire six statues géantes à Lucknow
 

Parmi les statues, une rangée de 60 éléphants en marbre
 

Mayawati a voulu honorer les icônes dalits, dont elle estime faire déjà partie
 

Pour laisser son empreinte sur la politique indienne, tous les moyens sont bons selon la "reine des intouchables". Mayawati Kumari n'a pas réussi son pari de devenir chef du gouvernement indien lors des législatives de mai. Alors elle s'impose, en installant six statues géantes à son image à Lucknow, capitale de l'état d'Uttar Pradesh, dont elle est Premier ministre.

Au total, 40 statues ont été construites ces dernières semaines, dédiées entre autres à ses mentors en politique, comme Kanshi Ram et Dr. B.R. Ambedkar. S'il est difficile d'avoir une estimation exacte de leur coût, le budget alloué aux constructions de ce type sur l'année fiscale 2008-2009 s'élève à plus de 1,94 milliards de roupies (28,6 millions d'euros) selon le quotidien The Times of India Depuis son arrivée à la tête d'Uttar Pradesh, en 2007, Mayawati a fait ériger plus de cent statues d'elle, de ses mentors et d'éléphants, symboles de son parti. Selon le site de la chaîne d'information IBN, leur coût dépasse les 20 milliards de roupies (296 millions d'euros), issus des caisses d'un des états les plus pauvres du pays.

Ces folies dépensières n'ont pas échappé à l'avocat Ravi Kant, qui a déposé une plainte auprès de la Cour suprême indienne afin d'empêcher l'inauguration de ces statues, prévue pour le 3 juillet. Anticipant un avis défavorable, Mayawati a décidé d'avancer la date de la cérémonie au 25 juin, au cours de laquelle elle a dévoilé 15 premières effigies. Elle ne s'était pas trompée : le 29 juin, la Cour suprême lui a demandé de venir expliquer, d'ici quatre semaines, pourquoi autant de deniers publics ont été dépensés pour ces statues.

La date avancée a aussi permis au Premier ministre d'Uttar Pradesh de déjouer la manifestation organisée par le chef du Samajwadi Party (SP), Mulayam Singh Yadav, qui devait avoir lieu le jour de l'inauguration. Celui-ci, ainsi que les autres membres de l'opposition ne se sont pas gênés pour critiquer leur rivale du Bahujan Samaj Party (BSP), soucieux de s'attirer la sympathie, et les voix, des"Dalits". "La manière dont elle a dévoilé les statues démontre qu'elle a honte d'avoir abusé des fonds gouvernementaux au profit de son parti" déclarait le porte-parole du Parti du Congrès (INC) en Uttar Pradesh, Akhilesh Pratap Singh.

Mayawati a répondu par la voix d'un de ses proches, le secrétaire général national du BSP, Satish Chandra Mishra. "En construisant des monuments et des statues, nous ne mettons pas en péril les programmes destinés au développement l'Uttar Pradesh ou à l'amélioration des conditions des plus pauvres" se justifiait-il. Le gouvernement de la région a déjà trouvé une nouvelle voie de financement. Les sites de Lucknow dédiés à la mémoire des icônes dalits, dont Mayawati estime faire partie, qui accueillent la plupart des statues construites depuis 2007, deviendront payants d'ici six mois. Les revenus serviront alors à financer la création de routes goudronnées dans les bidonvilles où vivent les intouchables, a déclaré l'élue. Le début d'un plan de relance monumental.

Mike Alvarez, Aujourd'hui l'Inde,  le 1er juillet 2009