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Le rapport Liberhan met le BJP face à ses vieux démons


La commission d’enquête sur la destruction de la mosquée Babri, à Ayodhya en 1992, a enfin rendu son rapport au gouvernement, mardi, 17 ans après les faits. Plusieurs membres du BJP sont accusés d’avoir tiré les ficelles de cette affaire, longtemps au coeur de la politique du parti nationaliste hindou.

 

 
A l'heure où le Bharatiya Janata Party (BJP, nationaliste hindou) tente de se recomposer et de se redéfinir à la suite de sa cinglante defaite aux élections legislatives, l'affaire de la mosquée Babri est revenue "au centre de la politique nationale" selon le parti. L'Inde avait quasiment oublié la comission d'enquête chargée du dossier. Et il y avait de quoi. Le rapport de la commission Liberhan rendu mardi survient presque 17 ans après les faits, à la suite de 48 reports et le recueil de 399 temoignages. C'est la plus longue enquête de l'histoire de l'Inde depuis l'indépendance.

 

Ce délai record (et scandaleux), pour un rapport qui devait être remis au gouvernement trois mois après la mis en place de la commission le 16 décembre 1992, pourrait en affecter le contenu. Mais si le Juge Liberhan, qui a mené l'enquête se dit "soulagé" de clore le dossier, plusieurs haut responsables du BJP se préparent à  faire face à leur passé et leur responsabilité dans un épisode symbole de la recrudescence des tensions communautaires en Inde.

 

Le 6 decembre 1992, un foule d'extrémistes hindous se rend à Ayodyah (Uttar Pradesh) et entreprend la destruction de la mosquée Babri, datant du 16e siecle. Le site était disputé par les communautés musulmane et hindoue depuis des dizaines d'années, cette dernière affirmant que la mosquée avait été construite sur l'emplacement d'un temple marquant le lieu de naissance du dieu Rama. La destruction de la "Babri masjid" a entraîné une vague d'émeutes intercommunautaires à travers le pays, causant la mort de plus de 2000 personnes.

Plusieurs membres du BJP dont Lal Krishna Advani, le candidat malheureux du parti lors des dernières élections, ou encore Kalyan Singh, Premier ministre de l'Etat d'Uttar Pradesh à l'epoque, sont accusés d'avoir encouragé la destruction de la mosquée Babri. Ce dernier avait notamment affirmé devant la commission Liberhan que l'incident était "un acte de Dieu et qu'il n'avait aucun regret, aucune repentance et aucune tristesse", selon le quotidien The Hindu

Egalement impliquée dans le rapport, la presidente du Bhartiya Janshakti Party (allié idéologique du BJP) Uma Bharti a declaré qu'elle était prête à assumer sa responsabilité dans l'affaire, même si cela devait la conduire à la pendaison. Elle a notamment appelé les leaders du BJP à ne pas s'excuser pour la destruction de la mosquée Babri.

Le parti nationaliste hindou, dont plusieurs leaders ont été filmés par les caméras de television en train d'haranguer les foules juste avant le 6 decembre 1992, garde pour  l'instant le silence, le contenu du rapport n'ayant pas encore été rendu public.  "C'est un sujet sensible. Le délai pour la finalisation du rapport a été très long", a declaré le président du BJP Rajnath Singh.

Les propos du porte-parole du parti Ravi Shankar Prasad en disent long, cependant, sur l'ambiguité de la position du parti concernant cette affaire : "Nous attendons de voir le contenu du rapport avant de commenter. Ce problème concerne la sensibilité de millions d'hindous qui veulent un grand temple à Ayodhya", a t-il declaré dans The Hindu.

Le BJP était arrivé au pouvoir, en 1998, en agitant la  promesse de construire le temple Rama, clé de voûte de sa campagne électorale. Faute d'y être parvenu au cours de son mandat, le parti avait regulièrement relancé le projet, revigorant ainsi son électorat hindouiste.

Quel que soit son contenu et l'application de ses recommandations, le rapport Liberhan tombe mal pour le BJP, en pleine phase d'autocritique apres sa defaite élecorale de mai. Sur la deéensive, le parti nationaliste hindou rappelle, avec un certain degré de vérité, que son rival du Congrès a eu ses propres épisodes sombres dans son histoire et qu'apres tout, c'est un Premier ministre du Congrès, P.V. Narasimha Rao qui etait au pouvoir en 1992.

C'est cependant le BJP, qui cherche à devenir un parti inclusif et moderne, qui risque de pâtir le plus du retour de l'affaire du temple d'Ayodhya sur le devant de la scène.

 

Antoine Corta, Aujourd'hui l'Inde, le 2 juillet 2009