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La mousson, moteur incertain de l’économie indienne


La tombée annelle des pluies joue un rôle crucial dans la sante économique du sous-continent dont 60 % de la population depend de l’agriculture. La mousson en-dessous de la moyenne qui se profile cette année pourrait avoir un impact considérable sur la relance de la croissance indienne.
 

 

 Mittal qui rachète Arcelor, Tata qui s'empare de Jaguar et Land Rover, les délocalisations, le lancement de la Nano...les exemple de la montée en puissance de l'économie indienne sont nombreux . L'émergence d'une Inde moderne prenant de vitesse l'Occident, en tandem avec la Chine, est une réalité regulièrement évoquée. On en oublie presque que le bien-être du sous-continent indien reste largement dépendant d'un secteur difficilement maîtrisable : l'agriculture, à son tour en grande partie à la merci de conditions climatiques variables.

Le gouvernement indien a annoncé la semaine derniere que la mousson, qui s'étend généralement de juin a septembre, serait en-dessous de la moyenne, cette année. Les précipitations seront seulement a 93% de la moyenne historique de 89cm de pluies selon le Département Indien de Météorologie (IMD). Une baisse de plus de 4% la moyenne est considérée comme anormale et peut avoir des conséquences graves sur l'agriculture du pays. "L'impact exact dependra du retard de la mousson et de son intensité", explique au quotidien Hindustan Times Shankar Acharya, économiste et ancien conseiller au ministère des Finances.

La situation n'est pas encore critique, mais elle pourrait le devenir si la sécheresse se poursuivait en juillet. Le nord-ouest du pays est la region la plus  touchée, avec des precipitations à 81% de la moyenne alors qu'elle sont prevues à 92 et 93% respectivement dans les Etats de l'est et du nord-est et dans la partie sud. "La prochaine semaine sera déterminante. S'il ne pleut pas, la situation deviendra alarmante", affirme R.K. Dewan, ingenieur en chef pour l'Etat de l'Haryana (nord), où les réservoirs d'eau et le fleuve Yamuna commencent déjà a s'assécher

Dans les autres Etats, la situation n'est guère plus réjouissante. En Himachal Pradesh (nord), 30 a 35% de la recolte de pommes risque d'être perdue. En Orissa et au Bihar, plusieurs semis de rizière ont déja été détruits alors qu'en Uttar Pradesh, où plusieurs réservoirs sont à sec, le retard de la mousson rappelle deja les cinq années de sécheresse qui avait précédé la bonne recolte de 2008. Au Jharkhand et au Maharashtra, on annonce déjà des recoltes inférieures à la normale.

Une mauvaise mousson peut entraîner des conséquence désastreuses pour l'Inde. Le secteur primaire représente un cinquième des revenus du pays et fait vivre 60% de sa population. Surtout que près de 60% du territoire cultivable indien n'a pas accès à l'irrigation et dépend donc directement des précipitations. Un retard  de la mousson aurait pour conséquence la hausse des prix des produits alimentaires, entraînant a son tour une baisse de la demande en milieu rural qui affecterait toute l'économie du pays. Au marché aux légumes d'Arzarpur, à New Delhi, les prix ont d'ailleurs déjà augmenté de 50% la semaine dernière, rapporte le Hindustan Times.

Dans la capitale indienne, le nouveau gouvernement s'est déjà reuni plusieurs fois afin de trouver des solutions pour lutter contre une éventuelle sécheresse. Une mauvaise recolte representerait un handicap de taille pour son plan de  relance de l'economie indienne  et son projet de permettre aux 250 millions d'Indiens vivant sous le seuil de pauvreté d'obtenir du blé et du riz à bas prix. Il serait egalement plus difficile pour le gouvernement de Manmohan Singh d'allouer, comme il était prévu, plus de ressources à la Santé et à l'Education.

Lors de la dernière grande sécheresse en 2002, la production agricole indienne avait chuté de près de 7%, faisant  ramenant la croissance du pays a 3,8%, la plus faible depuis 13 ans.

 

Antoine Corta, Aujourd'hui l'Inde, le 29/ juin 2009