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Les propos de Nicolas Sarkozy sur la burqa ne sont pas les bienvenus en Inde


Le projet du président français d’interdir la Burqa dans l’hexagone n’est pas passé inaperçu dans les pays musulmans. En Inde, où la religion occupe une place importante dans la sphère publique, la sortie du Congrès de Versailles est ressentie comme une provocation.

 

 
 

Alors qu'en France l'interdiction de la burqa proposée par Nicolas Sarkozy suscite un vif débat entre les fervents défenseurs de la "laïcité à la française" et leurs opposants, la position indienne sur la question est claire : "[Ces propos] n'ont pas du tout été apprécié, ils envoient un message négatif à la communauté indienne", affirme Sadia Dehlvi, journaliste et auteur d'un livre sur l'histoire du Sufisme à New Delhi.

Comme dans de nombreux pays, la prise de position du président français lors du congrès de Versailles, lundi, sur cette tunique controversée censée couvrir les femmes musulmanes de la tête aux pieds, a fait grand bruit sur le sous-continent indien, où vivent plus de 140 millions de musulmans.

"Les femmes devraient être libres de choisir si elles veulent porter une Burqa ou non", estime Azra Abidi, professeur de sociologie à l'université de Jamia Millia Islamia à New Delhi. Si elle assure ne pas être, à titre personnel, en faveur du port de la burqa, Awra Abidi fustige les propos, ignorants selon elle,  de Nicolas Sarkozy, qui avait qualifié cette accoutrement de "signe d'abaissement et d'asservissement".

"L'Ulema en Inde (ndlr : autorité religieuse dans l'Islam) a déclaré que la burqa ne faisait pas partie intégrante de la culture islamique. C'est une forme très traditionnelle de hijab", concède t-elle, ajoutant toutefois qu'elle n'est pas, en Inde, assimilée à l'oppression des femmes. "Il y a une évolution dans la burqa, un phénomène de mode même. Certaines d'entres elles coûtent très cher !".

Son opinion reflète en réalité celle de la plupart de ses compatriotes.  En Inde, où les signes religieux sont omniprésents au même titre que la publicité et où chacun affiche sa religion en public, le concept bien français de "laïcité" est vu comme une forme de répression. "Nous sommes tellement habitués à la diversité. Même les Indiens non-musulmans et éduqués ne sont pas d'accord avec la déclaration de Nicolas Sarkozy", assure Sadia Dehlvi.

La popularité croissante de la burqa s'explique avant tout, selon elle, par une recherche nouvelle d'identité. "Depuis le 11 septembre 2001, les musulmans se sentent persécutés et beaucoup de jeunes cherchent à s'affirmer par l'humour musulman, la mode musulmane etc... La burqa va dans ce sens et  n'est pas forcément un signe de radicalisation. Je ne pense pas que les femmes soient forcées de la porter".  

De leur côtés, les défenseurs de l'interdiction de la burqa sur le territoire français ne manquent pas de souligner que les femmes françaises et occidentales, elles, sont obligées de se couvrir la tête ou de porter le voile lorsqu'elles se rendent dans certains pays musulmans. Il serait donc par conséquent légitime, selon eux,  que la laïcité française soit à son tour respectée. Un argument que Sadia Dehlvi juge "faible et ridicule" : "Ces pays ne sont pas démocratiques ! Pourquoi seraient-ils une référence pour la France?"

Mais au-delà du message, c'est aussi le messager qui dérange. "Le problème c'est que Nicolas Sarkozy n'est pas perçu comme un ami des musulmans donc ses propos sont ressentis comme une attaque. C'est comme lorsque que le BJP (ndlr : parti nationaliste hindou de l'opposition) se dit concerné par le sort des femmes musulmanes. On sent qu'il y a un objectif non-avoué derrière", analyse Sadia Dehlvi.

Antoine Corta, Aujourd'hui l'Inde, le 25 juin 2009