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L'Est de l'Inde en état d'alerte après l’appel à la grève des naxalites


Le ministère indien de l'Intérieur a placé lundi ses forces de sécurité en état d'alerte dans cinq Etats de l'Est de l'Inde en raison d'un appel à la grève lancé par des rebelles maoïstes actifs dans cette région. Les naxalites sont désormais officiellement reconnus comme des "terroristes" par le gouvernement fédéral.

 

 

Après le Bengale occidental, le Bihar, l'Orissa, Jharkhand et Chhattisgarh devaient se préparer à des "actes spectaculaires de violences" perpétrés contre des policiers, des soldats et les "infrastructures économiques", a prévenu aujourd'hui le ministère de l'Intérieur.

Des groupes d'insurgés maoïstes ont lancé lundi un appel à une grève de deux jours pour protester contre les "atrocités" auxquelles les forces de l'ordre se seraient livrées dans le département de Lalgarh, au Bengale occidental, une zone sous contrôle rebelle depuis novembre et que l'armée tente de reprendre depuis jeudi.

Quelque 1800 soldats, paramilitaires et policiers sont déployés à Lalgarh, à 130 km de Calcutta, la capitale de l'Etat du Bengale occidental gouverné depuis 1977 par le Parti communiste de l'Inde-Marxiste (CPI-M). Des maoïstes présumés épaulés par des villageois auraient tué une dizaine de militants du CPI-M la semaine dernière.

Dans l'Etat voisin de l'Orissa, dont Bubaneswar est la capitale, deux insurgés auraient été abattus par la police ce lundi. Cet Etat riche en minerais est particulièrement affecté par le blocage imposé par des maoïstes avec la plupart des routes coupées à la circulation automobile.

Bénéficiant du soutien des populations tribales locales, les rebelles maoïstes ont établit depuis une semaine une zone de non-droit ou "zone libérée", selon leurs termes, aux alentours de Lalgarh, chassant par la violence la police les dirigeants locaux du parti communiste. Plusieurs bureaux du parti communiste et des postes de polices avaient été incendiés par des villageois, obligeant l'armée à intervenir.

Oeuvrant en tandem avec les tribaux, les maoïstes avaient pris le contrôle de plusieurs villages et  barré les routes à l'aide de troncs d'arbres afin de couper l'accès à la zone aux forces de sécurité. Le ministre de l'Intérieur du Bengale occidental Ardhendu Sen  avait demandé aux villageois de se dissocier des maoïstes afin d'éviter "un bain de sang".

Cela faisait près de sept mois que les naxalites tentaient de prendre le contrôle de cette région isolée au sud-est du Bengale occidental, habitée majoritairement par les populations tribales.

En novembre dernier déjà, le Premier ministre de l'Etat Buddhadeb Bhattacharya, membre du CPI- M, avait réchappé à un attentat, orchestré par des maoïstes présumés dans la région. Les nombreuses arrestations qui ont suivies avaient à leur tour déclenché une vague de manifestations. La population accuse maintenant la police et le pouvoir marxiste de s'être livré à des violences à son encontre cette semaine.

Ce climat d'insécurité fait le jeu des naxalites, qui tentent depuis quelques années, d'étendre leur influence et de  contrôler de facto ce territoire, au dépends des communistes, au pouvoir depuis près de 30 ans au Bengale occidental.

Accusant les rebelles maoïstes de se servir du Jharkhand voisin comme base afin de s'implanter au dans l'Etat, les hauts dirigeant du CPI-M avait envisagé de durcir leur position les concernant. Contrairement à ses voisins au sud (l'Orissa) et à l'ouest (le Jharkhand), le gouvernement Bengale occidental n'avait jusqu'à présent pas interdit les "activités maoïstes" sur son territoire. "Nous avons décidé que de [telles organisations] ne peuvent être combattues par des interdictions", a cependant déclaré aujourd'hui un haut-responsible communiste.

Le mouvement naxalite, considéré depuis aujourd'hui comme une organisation terroriste par New Delhi est présent dans 15 des 28 Etats de l'Union indienne. Au total, 165 des 600 départements du pays seraient, à des degrés divers, sous l'influence de ces guérilleros d'extrême gauche. Particulièrement actifs dans en Orissa et au Chattisgarh, régions pauvres habitées majoritairement par des tribaux, les rebelles naxalites ont fait plus de 6000 morts ces vingt dernières années en Inde.

 

Antoine Corta avec AFP, Aujourd'hui l'Inde,   le 17 juin 2009