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Air India veut réduire de 15% les salaires de ses 31.000 employés


La compagnie aérienne indienne publique a demandé vendredi à ses dirigeants de travailler gratuitement un mois sans solde afin d'aider le transporteur à se sortir de sa crise financière. Le groupe exsangue compte désormais sur un chèque du gouvernement pour reprendre son envol.

 

 

Air India a annoncé lundi qu'elle voulait réduire de plus de 15% les salaires de tous ses employés afin de tenter de se sortir de sa crise financière. Cette mesure lui permettrait d'économiser "cinq milliards de roupies par an" (75 millions d'euros) sur les 30 milliards (450 millions d'euros) qu'elle dit dépenser annuellement pour payer ses 31.000 salariés.

"Outre ces baisses de salaires, Air India vise aussi à améliorer la productivité des employés et à réduire les dépenses inutiles", selon un communiqué du transporteur. "Les cadres supérieurs, au niveau des directeurs généraux et au-dessus, doivent volontairement renoncer à leurs salaires du mois de juillet", avait déclaré vendredi le président d'Air India, Arvind Jadhav, dont les propos étaient rapportés par un porte-parole à l'agence officielle Press Trust of India (PTI).

La semaine dernière, des employés de la compagnie nationale indienne avaient été informés que le versement de leurs salaires serait ajourné, poussant 20.000 d'entre-eux à brandir la menace d'une grève dure. "Ceci n'est jamais arrivé chez Air India. Si nos salaires sont versés ne serait-ce qu'un jour en retard, nous arrêterons de travailler à partir du 1er juillet", avait déclaré au quotidien Times of India J.B. Kadian, secretaire général du Air Corporation Employees' Union (ACEU), le syndicat principal des employés d'Air India.

Le transport aérien en Inde, qui traverse depuis un an une zone de turbulences, est tombé dans un trou d'air avec des compagnies en lourdes pertes financières, criblées de dettes et dont le trafic passagers s'effondre, soulignait ce mois-ci un rapport du cabinet de conseil australien Centre pour le transport aérien en Asie Pacifique.

Au cours de l'année 2007-2008 (achevée fin mars 2008), les compagnies indiennes avaient pâti de l'envolée des prix du pétrole et leurs pertes annuelles cumulées s'élevaient déjà à 670 millions de dollars. Ces pertes culminent à 1,2 milliard pour 2008-2009. A elle seule, Air India a essuyé une perte nette de 577 millions d'euros en 2008-09 avec une dette de 2,8 milliards. Cette société publique est née de la fusion en 2008 entre Air India (lignes internationales) et Indian Airlines(lignes intérieures).

Arvind Jadhav a dores et déjà fait appel au gouvernement indien pour sortir Air India du rouge. Mais New Delhi exige pour cela que la compagnie aérienne abandonne son système de bonus "liés à la performance" et réduisent sa masse salariale. A titre d'exemple, le groupe emploirait 230 salariés par appareil, contre 130 pour la compagnie low-cost Indigo, selon le quotidien Economic Times. Plus choquant, près de 215 millions d'euros de bonus auraient en effet été distribués aux salariés d'Air India (le prix de quatre Airbus A-321) ces trois dernières années, alors que le groupe opérait à perte, révélait samedi le Hindustan Times.

"Nous étudions de près les comptes d'Air India. Ils ne peuvent plus nous berner!", a déclaré au quotidien un haut responsable du ministère de l'aviation civile faisant allusion à la mauvaise gestion du groupe.

Le journaliste du Times of India à Hyderabad, Kingshuk Nag, s'attaque lui aussi au fonctionnement d'Air India qu'il qualifie de "figé dans les années 1970". "Le personnel de bord embauché avant 2004 travaille entre 50 et 55 heures par semaine contre une moyenne internationale de 70 heures […] les ingénieurs sont gracement payés alors que leur productivité est de seulement 40% de la moyenne internationale", écrit-il sur son blog.

Cette semaine, la compagnie aérienne britannique British Airways a suggéré à ses 40 600 employés de travailler gratuitement entre une et quatre semaines par an. Les pilotes de Singapore Airlines avaient eux accepter des baisses de salaires et de prendre des congés sans solde lors de l'épidémie de SARS, qui avait provoqué une baisse de la demande en Asie, il ya quelques années. Le groupe continuait pourtant à faire des bénéfices à cette période.

 

Antoine Corta avec AFP, Aujourd'hui l'Inde, le 22 juin 2009