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L’agriculture risque d’être la première victime du changement climatique en Inde


Le 25 mai dernier, la Banque Mondiale a publié son rapport sur les effets du changement climatique sur l’agriculture indienne. Premier de son genre en Asie du sud-est, ce rapport attire l’attention sur la vulnérabilité du sous-continent aux inondations et aux sécheresses.

 

Selon le dernier rapport de la Banque Mondiale, des phénomènes naturels extrêmes tels que sécheresses, inondations et cyclones sont les conséquences directes des variations climatiques. Le rapport exhorte donc l'Inde à mitiger l'impact du changement climatique dans les régions touchées par les inondations et les sécheresses. "En Inde, l'agriculture représente une source de revenu pour plus de 57% de la population et environ 20 pour cent du PNB indien. Les conséquences des changements climatiques risquent de frapper plus durement les communautés rurales", prévient le rapport.

L'étude s'est intéressée à l'Andhra Pradesh, au Maharashtra et à l'Orissa. Grâce à de nouveaux modèles statistiques, les futures risques ont pu être quantifiés : "les revenus des fermiers de l'Andhra Pradesh pourraient diminuer de 5 à 20% selon les conditions météorologiques, ce qui les placerait en-dessous du seuil de pauvreté", avertit Richard Damania, économiste à la tête de l'étude de la Banque Mondiale.   

Parallèlement, une étude conduite par l'Institut Indien de Météorologie Tropicale tire des conclusions similaires: "la température pourrait augmenter de 2 à 3 degrés d'ici à 2050, et les pluies diminuer de 8 à 10%", prévient le Docteur K Krishna Kumar dans une interview pour le Times of India, "non seulement la production de blé et de riz seraont affectées, mais aussi la qualité des récoltes, comme la teneur en gluten dans le blé", conclue-t-il.

Le gouvernement est donc appelé à prendre des mesures immédiates afin de mitiger l'impact du changement climatique. "Les fermiers doivent savoir comment adapter leurs choix de plantation", affirme Priti Kumar, de la Banque Mondiale. "Un système d'information climatique devrait assister leurs décisions, mais aussi un système de diversification des revenus devrait être promu dans les villages", conclue le co-auteur du rapport.

Toutefois, le défi majeur reste la gestion de l'eau. Même si de nombreux fermiers ont déjà adopté des espèces poussant en milieu aride, le manque d'eau risque d'en affecter la productivité. Selon Uday Borawake, président de la Chambre de Commerce de l'Industrie et de l'Agriculture du Maharashtra, la production pourrait diminuer de 16%. "Nous devons absolument conserver et contrôler les sources aquifères. Pour cela, des modèles quantitatifs ne suffisent pas. Il faut aussi planter des arbres et revaloriser les terres qui ont perdu leur humus, parce que l'eau s'évapore plus vite dans une terre dénudée", explique-t-il ajoutant que "c'est au niveau local que les autorités doivent agir".

Dans ses conclusions, le rapport reste confiant dans les capacités du pays à réagir. "Depuis la révolution verte, l'Inde a acquis des techniques et de l'expertise, idéales pour développer une stratégie d'adaptation au changement climatique", concluent les experts de la Banque Mondiale.

Cependant, pour Shyam Saran, envoyé du Premier ministre pour la conférence sur le changement climatique, les choses ne sont pas si simples. "Il n'y a aucun synergie entre les scientifiques et les politiciens pour aborder le problème du changement climatique, ce qui désavantage l'Inde lors des négociations internationales", a-t-il confié récemment lors d'une conférence à l'Institut de météorologie tropicale de Pune.

Peut-être le rapport de la Banque Mondiale aidera-t-il les autorités à trouver un consensus lors du prochain Sommet de Copenhague en décembre ?

 

John Hug, Aujourd'hui l'Inde, le 22 juin 2009