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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F
En Inde, la distribution de riz gangrenée par la corruption

   
Quelques semaines après sa réélection, le Parti du Congrès, qui dirige la coalition au pouvoir en Inde, devrait présenter en juillet au Parlement une loi pour éradiquer la faim dans le pays. La "loi de sécurité alimentaire nationale" prévoit notamment la distribution de 25 kg de riz ou de céréales par mois (à moins de 5 centimes d'euro le kilo) aux 65 millions de familles vivant au-dessous du seuil de pauvreté. Deuxième producteur de riz de la planète, l'Inde est pourtant le pays qui abrite le tiers de la population mondiale souffrant de sous-alimentation. D'après un rapport de l'Unicef publié le 2 juin, 40 % des enfants nés dans la dixième puissance économique mondiale sont sous-alimentés. "Comment pouvons-nous tolérer que la moitié de nos enfants naissent au-dessous du poids normal, que des millions souffrent de faim tous les jours, alors que nos hangars sont pleins ?", déclarait déjà Sonia Gandhi, la présidente du Parti du Congrès, en 2002.


Sept ans plus tard, et malgré une croissance moyenne annuelle d'environ 8,5 %, la situation reste dramatique. L'Inde a pourtant lancé, en 1992, le Système de distribution public, un programme censé fournir de la nourriture aux plus pauvres. Mais selon un audit réalisé en 2005 par le ministre de l'agriculture, sur les 400 millions d'Indiens visés par ce dispositif qui coûte à l'Etat 4 milliards d'euros par an, seuls 20 % y ont accès. La corruption et la bureaucratie sont largement responsables de cet échec. Les cartes de rationnement sont hypothéquées afin d'obtenir auprès des commerçants de petits emprunts, les magasins d'Etat sont ouverts deux à trois jours par mois, et les prix réels excédent de 10 % à 14 % les tarifs réglementaires. Bien souvent, la meilleure partie des stocks est vendue au marché noir. Quant aux réserves de céréales, elles sont exportées ou pourrissent sur place.


Le gouvernement veut mettre un terme à la corruption qui gangrène le "système de distribution publique" en l'alignant sur le dispositif d'un autre programme lancé en 2005 : le National Rural Employment Guarantee (NRG) qui donne cent jours de travail aux familles rurales les plus pauvres. Et les bénéficiaires sont en droit d'exiger leurs jours de travail auprès du responsable de leur village. Même si les céréales ou le riz parviennent aux plus pauvres, cela ne signifie pas pour autant la fin du combat contre la faim. Comme l'explique l'agronome Monkombu Swaminanthan, "la sécurité alimentaire est illusoire sans accès à l'eau potable". Les Indiens sont encore 125 millions à ne pas y avoir accès.


Julien Bouissou, Le Monde, daté du 20 juin 21009