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Le projet industriel le plus ambitieux de tous les temps verra-t-il le jour en Inde ?


Le gouvernement indien ambitionne de relancer son économie en construisant un gigantesque corridor industriel entre New Delhi et Mumbai. Destinée à transformer la côte ouest en un pôle de croissance industrielle et commerciale internationale, sa mise en place dépendra toutefois de la disponibilité des infrastructures, des terres et des investissements étrangers.

 

 
 

 

Signé en 2008 par les Ministres du Commerce indien et japonais, le projet voudrait développer un corridor industriel sur 1,483 kilomètre entre New Delhi et Mumbai, similaire à celui entre Tokyo et Osaka. 100 milliards de dollars d'investissement sur quatre ans seraient nécessaires à sa complétion.

Les différentes villes et zones industrielles des sept états concernés seraient desservies par un train rapide qui servirait au transport de marchandise : "Il s'agit d'un projet extrêmement ambitieux, qui vise à moderniser les industries existantes grâce à des partenariats étrangers dans des domaines prometteurs tels que les technologies de l'information, les biotechnologies et l'agriculture industrielle" annonce Mr V. Deshpande du Conseil pour le Développement économique du Maharashtra.

Les investissements japonais promis pour le développement du Corridor industriel risquent cependant d'être compromis, a rapporté récemment Projects Today. "Sous le régime du partenariat public privé, les investisseurs doivent pouvoir recourir à un organisme régulateur indépendant qui s'assure de l'équité du processus d'offres, de tarifs, et de régulations. Mais tous les Etats  n'ont pas de politique commune, ni aucun procédé uniforme de résolution de conflits et d'application des lois dans les domaines des transports, de l'énergie, de l'eau et des communications", confie Ajay Dua, ancien secrétaire du Département de la promotion industrielle.

Ensuite, un rapport émis par JICA, l'agence de coopération japonaise a identifié des nombreuses faiblesses le long du corridor, notamment en infrastructure et en eau. Autre souci souligné: la difficulté à acquérir les terrains pour l'élargissement des voies de chemin de fer. Parallèlement, le Onzième Plan Quinquennal (2007-2012) publié par le gouvernement indien a aussi exprimé que les ressources naturelles étaient insuffisantes, les technologies de production dépassées, et que les capacités des petites et moyennes industries n'étaient pas conformes aux normes environnementales. Finalement, il notait aussi que la main d'œuvre n'était pas suffisamment formée pour satisfaire une production répondant aux normes internationales. 

Autre obstacle de taille: l'acquisition des terres.  "Plus de 14'000 déplacements sont prévus le long du corridor", estime Ajeet Tiwari, journaliste au journal Sansar.  Depuis un an, un comité d'agriculteurs de 31 villages aux alentours de Vadadora (Gujarat) proteste auprès des autoritaires locales du Ministère des chemins de fer: "nous avons déjà soulevé le problème des acquisitions en novembre dernier. Maintenant, les autorités ferroviaires veulent acquérir des terres qui ont été réservé par le gouvernement central pour un projet d'autoroute", raconte Hasmukh Bhatt, responsable du comité. Une terre réservée pour une cause publique telle qu'une autoroute est généralement rétribuée à un tarif beaucoup plus inférieur que celui du marché.

Les environnementalistes s'inquiètent aussi : "les nouvelles politiques industrielles visent à attirer les investissements à tous prix, alors que la gestion des déchets dangereux et de l'eau, la déforestation, et les risques industriels ne sont pas encore contrôlés par les autorités", explique un membre du comité pour la protection de la nature à Vadadora. 

En réalité, les Etats indiens essaient de promulguer des politiques attractives en créant plus de zones économiques spéciales et en offrant des incitations aux investisseurs dans des domaines potentiellement polluants tels que la petro chimie, les textiles, l'ingénierie. Le Ministère du Commerce et de l'Industrie a même déclaré dans le rapport soumis à l'agence ILFS chargée de l'exécution du projet: "les autorisations devraient être examinées de façon expéditive alors que la conservation de l'environnement ne devrait en aucun cas empêcher les impératifs de développement"

Le projet promettait de tripler la production industrielle et de quadrupler les exportations indiennes en cinq ans. Mais après ces revers avec le gouvernement japonais, New Delhi devra chercher d'autres investisseurs potentiels à Singapour, Taiwan, en Malaisie et en Corée du Sud.

 John Hug, Aujourd'hui l'Inde, le 18 juin 2009