Blue Flower

Première rencontre indo-pakistanaise depuis les attentats de Bombay

 

Le Premier ministre indien a montré qu’il serait intransigeant sur la question du terrorisme, aujourd’hui, face au président pakistanais, à Ekaterinbourg en Russie. Les deux chefs d’Etat se rencontraient pour la première fois depuis les attentats de du 26 novembre après lesquels tout dialogue avait été rompu.

 

 

 
 

 

Plutôt que diplomate, Manhmohan Singh a choisi d'être direct, ce matin, avec le président pakistanais. "Je suis heureux de vous rencontrer mais mon mandat est de dire que le territoire du Pakistan ne doit pas être utilisé pour le terrorisme", a déclaré le Premier ministre indien à l'attention d'Asif Ali Zardari, peu après lui avoir serré la main devant  les caméras des journalistes.

Ce message brusque a pris de court et quelque peu embarassé le président pakistanais qui a prié les journalistes de quitter la salle immédiatement après la remarque de son interlocuteur, afin d'aborder en privé le délicat sujet du terrorisme, éternelle pomme de discordre entre Islamabad et New Delhi.

L'entretien a eu lieu en marge du sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS - Russie, Chine, Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizstan), au sein de laquelle l'Inde et le Pakistan ont le statut d'observateurs. C'est la première rencontre officielle entre les dirigeants  des deux "frères ennemis" d'Asie du sud depuis les attentats islamistes qui ont fait 174 morts à Bombay, en novembre dernier.  

Ces attaques ont conduit à la suspension du dialogue de paix dit "composite" amorcé en janvier 2004 entre l'Inde et le Pakistan, New Delhi les imputant au groupe terroriste pakistanais Lashkar-e-Toiba (LeT),  tout en dénonçant la complicité des services de renseignement militaire pakistanais.

Le Pakistan avait d'abord nié toute responsabilité au lendemain des attentats, avant d'être obligé d'admettre qu'ils avaient été en partie organisés sur son territoire. Amir Ajmal Kasab, le seul membre du commando terroriste qui a semé la mort dans la capitale économique indienne le 26 novembre à avoir survécu, est également de nationalité pakistanaise. Il est en passe d'être jugé, au sein de la prison d'Arthur Road de Bombay où il est incarcéré.

La Libération sous caution de Hafiz Saeed, à la tête de l'organisation caritative islamique  Jamaat-ud-Dawa (JuD), par un tribunal pakistanais au début du mois, a été perçu comme un nouvel affront par New Delhi, qui soupçonne le JuD d'entretenir des liens direct avec le LeT et de lui servir de vitrine légale.

L'incident a renforcé, en Inde, le sentiment que le Pakistan "n'est pas assez sérieux" concernant l'arrestation des reponsables des attentats de Bombay. Manmohan Singh, qui devait s'entretenir pendant trente minutes avec M. Zardari, a exprimé l'"insatisfaction de l'Inde en raison de l'inaction pakistanaise face au terrorisme qui affecte l'Inde".

Si les relations entre les deux pays restent tendues, cette rencontre est néanmoins perçue comme un signe positif. dans l'évolution des relations indo-pakistanaises. "Les deux pays ont à gagner à une reprise du dialogue. Le Pakistan estime qu'il s'agit d'un exercice utile", a déclaré le ministre des Affaires étrangères du Pakistan, Shah Mahmood Qureshi.

 

Antoine Corta (avec AFP), Aujourd'hui l'Inde, le 16 juin 2009