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Le secteur aérien indien en crise

le 2/6/2009 à 15h32  par AFP

Alors qu'il était jusqu'en 2008 un symbole du "miracle" économique indien, le secteur aérien a terriblement souffert de la crise économique venue d'Occident, de la flambée des cours du pétrole et d'un trop grand nombre de transporteurs qui se sont livrés une concurrence acharnée.

 

 
 
 
 
En Inde, l'industrie aérienne "a atteint un stade critique", résume Kapil Kaul, du cabinet de conseil australien Centre pour le transport aérien en Asie Pacifique et auteur d'un rapport destiné au gouvernement du Parti du Congrès qui vient d'être reconduit après sa victoire aux élections législatives.
 
Au cours de l'année 2007-2008 (achevée fin mars 2008), les compagnies indiennes avaient pâti de l'envolée des prix du pétrole et leurs pertes annuelles cumulées s'élevaient à 938 millions de dollars. Ces pertes devraient culminer à 1,75 milliard en 2008-2009, estime M. Kaul.
 
D'après l'Association internationale du transport aérien (IATA), cela représente 20% des 8,5 milliards de dollars de pertes annuelles de tous les transporteurs de la planète. Pourtant, "l'Inde ne contribue qu'à hauteur de 2% à l'ensemble du trafic aérien mondial", souligne le rapport.
 
Signe spectaculaire du marasme dans lequel cette industrie est tombée, la compagnie nationale Air India a essuyé une perte nette de 800 millions de dollars en 2008-09 avec une dette de quatre milliards. Cette société publique est née de la fusion en 2008 entre Air India (lignes internationales) et Indian (lignes intérieures). Mais en dépit d'efforts de restructurations, les avions d'Air India restent désespérément vides.
 
Pour toute l'Inde, le nombre de passagers sur les lignes intérieures (seul moyen rapide de voyager dans cet immense pays) a dégringolé de 15% sur un an en avril, à 591.000 personnes. C'est la quatrième chute mensuelle consécutive. On est très loin des croissances à deux chiffres des années fastes de 2004 à 2007 lorsque les autorités et des analystes tablaient sur 25% d'augmentation du trafic passagers par an jusqu'en 2010.
 
À l'époque, la croissance du chiffre d'affaires des compagnies et aéroports en Inde était la plus forte au monde et devait le rester jusqu'en 2025. Boeing et Airbus rêvaient d'y vendre un millier d'avions en moins de 20 ans. Mais l'augmentation des prix des billets d'avions a contraint les classes moyennes émergentes indiennes à reprendre le train pour leurs voyages touristiques, tandis que la crise a réduit les budgets des entreprises pour les voyages d'affaires.
 
Même la dynamique première compagnie privée, Jet Airways, qui dessert des dizaines de destinations internationales, a quasiment doublé sa perte nette annuelle sur un an, à 83 millions de dollars. Pour réduire ses coûts, Jet Airways a noué une alliance commerciale avec son concurrent Kingfisher, propriété du troisième groupe mondial de bières et spiritueux United Breweries.
 
Les années 2000 de la libéralisation de l'aviation civile ont aussi vu naître trop de transporteurs, selon M. Kaul. En 2007, Jet Airways a fini par avaler sa concurrente Air Sahara pour en faire une compagnie à bas coûts. Kingfisher a fait de même. Une certaine rationalisation "est inévitable pour la bonne santé du secteur", pense M. Kaul, qui plaide pour l'aide de l'Etat et l'entrée de compagnies étrangères au capital de leurs homologues indiennes. D'autant que "la récession mondiale va continuer de peser sur le transport aérien" indien, a prévenu Jet Airways.
 
AFP, Aujourd'hui l'Inde, le 2 juin 2009