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Elections indiennes : comment s’explique la déroute des partis régionaux ?


La victoire électorale sans appel du parti du Congrès est indisociable de la mauvaise performance des acteurs régionaux, à qui tout le monde donnait pourtant le statut de «faiseurs de rois » à la veille des résultats. L’annonce de la disparition de ces derniers dans le jeu électoral semble néanmoins hâtive. Explications.

 

 

Ne pas se fier au sondages. C'est la leçon qu'auront retenu les Indiens après les résultats des quinzièmes élections générales, qui ont donné la coalition gouvernementale en place victorieuse par 262 sièges. Une majorité que même les analystes les plus optimistes n'avaient  osé prédire. Si le parti du Congrès triomphe, avec désormais 322 députés derrière lui pour soutenir son gouvernement, plusieurs leaders régionaux ruminent encore leur échec.

La plus grande perdante de ces élections est sans nul doute Mayawati Kumari, l'emblématique Premier ministre d'Uttar Pradesh et chef du Bahujan Samaj Party (BSP), qui n'a remporté que 21 sièges sur 80 dans l'Etat. Un score certes  plus élevé que celui réalisé lors des dernières élections de 2004, mais qui reste largement en-dessous des espérances du parti, surtout après sa victoire écrasante aux élections locales il y a deux ans.

"Les gens ont rejeté Mayawati car son gouvernement n'a pas été performant dans l'Etat", assure le politologue Imtiaz Ahmad. Avant les élections Mayawati espérait s'imposer comme un allié indispensable à la formation du nouveau gouvernement et ne cachait pas ses ambitions de devenir Premier ministre. "Le travail du terrain du parti du Congrès en Uttar Pradesh et ses programmes pour les pauvres comme le National Rural Employment Guarantee Act (NREGA) a attiré de nombreux électeurs qui on senti qu'il y avait une  réelle alternative au BSP", explique Gurpreet Mahajan, professeur en sciences politiques à l'université Jawaharlal Nehru à Delhi.

Il est cependant trop tôt, selon elle, pour parler d'une nouvelle ère de la politique indienne. "Après chaque élection, on nous parle de la nouvelle maturité de l'électorat indien. Je pense en réalité que les électeurs indiens votent souvent de manière raisonnée et mature. Les gens n'ont pas voté contre le régionalisme, seulement contre les acteurs régionaux qui se sont avérés inefficaces", assure t-elle.

Deux exemples donnent en effet raison à cette logique et contrecarrent l'hyppothèse d'un rejet général du régionalisme. le Premier ministre du Bihar Nitish Kumar semble avoir recolté les fruits de son travail, son parti du Janata Dal-United ayant rafflé 20 des 40 sièges parlementaires. De la même façon en Orissa, le Biju Janata Dal a empoché 14 des 21 sièges parlementaires de l'Etat, après avoir remporté pour la troisième fois consécutive les élections régionale. Dans ces deux états, les électeurs ont donc avant tout récompensé des partis performants à l'échelle locale.

"Il est trop tôt pour annoncer la fin de l'influence des partis régionaux", affirme Gurpreet Mahajan qui rapelle que "le Congrès a obtenu plus de sièges qu'aux dernières élections mais la part du vote n'a pas augmenté en sa faveur". La part des voix allant aux partis régionaux serait, elle, plus grande qu'en 2004.

Pour de nombreux Indiens, la victoire historique du parti du Congrès est un soulagement car elle est gage de stabilité. Il est indéniable qu'elle donne au parti une plus grande marge de manoeuvre au sein du gouvernement. Mais pour Gurpreet Mahajan, les partis régionaux sont indissociables du paysage politique indien et restent essentiels dans un pays aussi grand et diversifié que l'Inde.

"Ils jouent souvent un rôle d'amortisseur, comme par exemple lorsque le BJP (Bharatiya Janata Party) était au pouvoir et que ces derniers l'ont obligé à calmer ses ardeurs nationalistes. Les partis régionaux exercent souvent une influence positive, obligeant le parti au pouvoir à prendre en compte des problématiques régionales pressantes", explique t-elle.

 

Antoine Corta , Aujourd'hui l'Inde, le 27 mai 2009