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Les seins oui, les saints non !

 

Une commission parlementaire s'est prononcée contre le programme d'éducation sexuelle du ministère de l'Education, lui préférant un enseignement sur les saints hindous. Une position absurde, imbécile et dangereuse, estime cet éditorial.

Rien n'est plus effrayant que de voir qu'un aspect aussi essentiel à la santé et au bien-être humains que la sexualité est encore réglementé par une poignée de dirigeants dont les connaissances en la matière se bornent à un dangereux mélange d'ignorance et de bigoterie. Une commission parlementaire a en effet recommandé la suppression des cours d'éducation sexuelle à l'école sous prétexte que cet enseignement serait indécent et incompatible avec "les traditions sociales et culturelles de l'Inde".
 
Placée sous la présidence de Venkaiah Naidu, membre du BJP [Parti du peuple indien, formation nationaliste hindoue], la commission compte neuf membres du Rajya Sabha [Chambre haute du Parlement] représentant toutes les tendances politiques. Parmi eux, une seule femme. Les foudres de la commission sont dirigées contre le programme pour l'éducation des adultes (AEP) mis en place par le ministère de l'Education. Lancé en 2005 avec le soutien de l'Organisation nationale pour le contrôle du sida (NACO), ce programme fait la promotion des rapports protégés et insiste sur le développement physique et mental des 14-18 ans.

 

La commission parlementaire ne s'est pas seulement dite "profondément embarrassée" par la présentation PowerPoint de ce programme ; elle a également recommandé son remplacement par des cours sur la vie et les enseignements des saints hindous, des leaders religieux, des vétérans de la lutte pour l'indépendence et des héros nationaux. Selon cette commission, cette solution permettrait de transmettre "des idées et des valeurs nationales" et de "neutraliser l'impact négatif de diverses invasions culturelles" avec, en outre, l'utilisation de pratiques de naturopathie, des médecines traditionnelles ayurvédique et unani, du yoga et, bien entendu, des cours d'éducation morale.

Ce mélange de conservatisme, de misogynie et de pure irrationalité est déconcertant à plusieurs titres. Premièrement, comme cette décision émane des plus hautes sphères de la politique et réunit une diversité de points de vue politiques, elle démontre à quel point la santé morale et physique de certains des membres les plus vulnérables de la société est soumise à la compréhension limitée et aux pouvoirs illimités de quelques-uns. Une conception bornée et presque mythologique de la vie et de la sexualité d'enfants en train de grandir, avec des généralisations qui frisent l'absurde, sous-tend cette vision des choses. Les enfants, tout comme les adultes qui sont responsables de leur bien-être, sont ainsi complètement privés de libre-arbitre dans leurs décisions et leurs projets.

Pour finir, les principes qui fondent cette vision des choses, ainsi que les termes dans lesquels ils sont publiquement exprimés, sont tout aussi consternants. La commission soutient que les rapports sexuels avant le mariage ou hors mariage, sont “immoraux, contraires à l'éthique et malsains” ; que les relations entre personnes consentantes avant l'âge de 16 ans “s'apparentent à un viol” ; que l'éducation sexuelle favorise le harcèlement à l'école, aussi bien parmi les élèves qu'entre élèves et professeurs, et qu'elle nuit à la stabilité de la famille. Consolons-nous en nous disant qu'il s'agit seulement de neuf individus en pleine régression, certes choquante, qui essaient de contrôler la vitalité de millions d'Indiens responsables.

 

The Telegraph, Editorial du 15 mai 2009, Courrier International

 

The Telegraph
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