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Élections indiennes : Manmohan Singh le bureaucratecontre Advani le vétéran

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Cette fois, les deux grands partis d’Inde ont annoncé leur candidat avant les élections. Le Congrès mise logiquement sur son Premier ministre sortant Manmohan Singh, alors que le BJP (parti nationaliste hindou) espère voir Lal Krishna Advani, vétéran controversé du paysage politique indien, à la tête du pays en juin prochain.

 

Le Premier ministre Manmohan Singh et le chef de l'opposition au Parlement Lal Krishna Advani ont peu de choses en commun. Excepté un âge avancé, leur naissance au Pakistan avant la partition de 1947 et un rôle majeur au sein des deux plus grandes formations politiques indiennes, leurs caractères et leurs parcours sont très différentes.

Leader emblématique de la frange dure du Bharatiya Janata Party (BJP, nationaliste hindou) en politique depuis 60 ans, Lal Krishna Advani tente de se défaire de son image sectaire afin d'apparaître comme un candidat crédible pour diriger le pays. De son côté, Manmohan Singh est souvent décrit comme un bureaucrate consciencieux et insipide, l'antithèse du politicien indien.

Economiste de formation, Manmohan Singh a fait ses études à Cambridge en Angleterre avant de travailler pour le Fond Monétaire International et l'ONU. Il fait son entrée en politique en 1991 en rejoignant le gouvernement de Narsimha Rao en tant que ministre des Finances. Candidat malheureux aux élections de 1999 lorsqu'il se présente dans la circonscription du sud de Delhi, il est nommé Premier ministre contre toute attente lorsque le parti du Congrès revient au pouvoir en 2004.

Considéré au départ comme une marionnette, à la botte de Sonia Gandhi, la chef du parti et "héritière" de la dynastie Nehru Gandhi, Manmohan Singh a prouvé son efficacité, notamment lors de l'entrée de l'Inde dans la cour des puissances nucléaires en septembre dernier.

"Notre Premier ministre est vieux, mais ses mesures économiques sont jeunes", assure C. Gopi, secrétaire des Jeunes du parti du Congrès. "Ce n'est pas un leader qui soulève les foules, mais c'est un très bon économiste. On ne peut pas être les deux à la fois", ajoute-t-il, pour justifier le manque de charisme notoire du Premier ministre.

Un défaut qu'on ne peut pas reprocher à son adversaire, L.K. Advani. Ce dernier ne s'est d'ailleurs pas privé de tirer à boulet rouge sur l'actuel chef du gouvernement, le qualifiant de "plus faible Premier ministre que l'Inde ait connu". Manmohan Singh a réagi par une réponse vengeresse, critiquant ouvertement le bilan du leader BJP et son rôle présumé dans la destruction de la mosquée Babri par des activistes hindous en 1992.

"Qu'a t-il fait à part ça ? Quand il était ministre de l'Intérieur, le Fort Rouge (de New Delhi) a été attaqué, des terroristes ont été libérés et il n'a pas pu empêcher les massacres au Gujarat (en 2002)", a déclaré un Manmohan Singh décidément remonté au quotidien Times of India il y a deux semaines.

Si le bilan de Lal Krishna Advani est contestable et contesté, son expérience en politique est sans pareil. Après avoir rejoint dès 1942 le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), une organisation hindouiste d'extrême droite, il devient président du BJP en 1986 puis ministre de l'Intérieur du gouvernement BJP, au pouvoir entre 1998 et 2004.

Figure de la droite dure du BJP, L.K Advani reste marqué par sa campagne pour la construction d'un temple hindou dans la localité d'Ayodhya (nord). Pour nombre de ses opposants, il est le principal responsable de la destruction de la mosquée Babri, sur les ruines de laquelle devait être construit le temple dédié au dieu Ram.

Le leader BJP tente depuis de se défaire de sa réputation "d'anti-musulman". Il y a deux ans, il a créé la surprise en rendant hommage au "père de la nation pakistanaise" Muhammad Ali Jinnah, lors d'une visite au Pakistan. La pilule est mal passée chez les nationalistes hindous, valant à l'intéressé une exclusion temporaire du BJP.

À la veille des élections, L. K Advani tente de se refaire une nouvelle jeunesse, malgré ses 81 ans, allant même jusqu'à créer un blog, comme pour personnifier l'image "high tech" que compte à présent renvoyer son parti. "Le site web d'Advani est un des plus visités d'Inde", assure Vani Tripathi, secrétaire nationale des Jeunes du BJP. "C'est un brillant administrateur et la personne la plus qualifiée pour le poste de Premier ministre", ajoute t-elle.

À quelques jours du début du scrutin qui va se jouer avant tout sur les alliances de partis et le nombre de sièges au Parlement qui en résulteront, difficile de dire qui du sulfureux L.K. Advani ou de l'impassible Manmohan Singh fera la différence.

 Antoine Corta, Aujourd'hui l'Inde, le 12 avril 2009