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Inde : une chaussure lancée contre un ministre

Après Bush, Chidambaram... Le ministre indien de l'Intérieur a évité de justesse la chaussure lancée en sa direction par Jarnail Singh, un journaliste sikh, lors d'une conférence de presse à Delhi en fin de matinée. Mais comme, apparemment, les journalistes sont de très mauvais tireurs et les hommes politiques d'habiles "esquiveurs", la chaussure n'a pas atteint sa cible. Regardez plutôt.  

Jarnail Singh, journaliste au Dainik Jagran, était visiblement énervé de ne pas avoir reçu de réponse à sa question. Elle portait, il est vrai, sur un sujet sensible : lesémeutes antisikhs de 1984, qui ont fait des milliers de morts dans la communauté sikh, notamment à Delhi. Elles avaient été déclenchées à la suite de l'assassinat duPremier ministre Indira Gandhi, le 31 octobre 1984, par deux de ses gardes du corps. Deux Sikhs qui n'avaient qu'un but, venger l'attaque de l'armée indienne contre le Temple d'Or à Amritsar (nord de l'Inde), en juin de la même année.

Le point de presse de P. Chidambaram - qui est ausi l'un des membres les plus en vue du parti du Congrès, dont la présidente n'est autre que Sonia Gandhi - portait sur la lutte contre le terrorisme.

Gardant son calme, Chidambaram a demandé en souriant que l'on "évacue le journaliste sans brutalité, surtout sans brutalité...". Ajoutant : "Je lui pardonne". 

En posant sa question, Jarnail Singh entendait protester contre la décision du CBI (Central Bureau of Investigation), qui vient de blanchir Jagdish Tytlerun responsable du parti du Congrès accusé d'avoir attisé les émeutes antisikhs de 1984. Dimanche, de nombreux Sikhs étaient déjà descendus dans la rue pour manifester, demandant la démission de Manmohan Singh. Un Sikh lui aussi, le Premier ministre se voit reprocher par sa communauté de fermer les yeux sur l'affaire Tytler. 

"Ce n'est peut-être pas bien de manifester de la sorte et je n'ai voulu blesser personne. Mais cela fait 25 ans que ça dure, alors comment protester autrement?", a déclaré Jarnail Singh. 

 Marie-France Calle, Le Figaro, le 7 avril 2009