Blue Flower

Le feu, première cause de décès pour les jeunes femmes en Inde


Le nombre de décès par immolation chez les femmes indiennes serait six fois supérieur à ce qu’indiquent les statistiques officielles, révèle une étude publiée mardi dans la revue médicale The Lancet. Un constat révélateur de la condition alarmante de la femme en Inde.

 

Douze femmes indiennes sont brûlées toutes les heures contre seulement la moitié d'hommes. C'est ce qu'indique la revue médicale de référence The Lancet dans un rapport inédit, publié mardi dernier sur le décès par le feu chez les femmes en Inde. L'étude, qui s'intitule "Les décès liés au feu en Inde en 2001 : une analyse rétrospective des statistiques", dévoile que le nombre de femmes qui meurent dans les flammes sur le sous-continent est largement sous estimé.

Les chercheurs du Lancet estiment que 163 000 décès étaient causés par le feu en 2001, ce qui représente 2% de tous les décès en Inde cette année là. A titre de comparaison, les statistiques nationales font mention de 8978 suicides par immolation et 19093 morts accidentelles par immolation en 2005. Ces chiffres, qui reposent en grande partie sur des rapports de police, sont jugés peu fiables par les trois auteurs de l'étude. Ces derniers affirment, avec cette nouvelle analyse, être les premiers à établir le nombre de femmes brûlées chaque année en Inde, aucune statistique officielle n'existant à ce jour.

Les chiffres avancés par le Lancet, six fois supérieurs à ceux affichés par la police, soulignent la condition alarmante des femmes en Inde. Selon l'étude, plus des deux tiers des personnes décédées par immolation étaient des femmes et 57% d'entre elles avaient entre 15 et 34 ans. Pour cette tranche d'age, le feu est la première cause de décès. Le suicide, la violence domestique et les disputes liées à la dot, une pratique bannie depuis 1961 mais qui reste monnaie courante en Inde, sont à l'origine de la grande majorité des décès, selon le rapport. 

Entre accident et meurtre, la distinction n'est pas toujours évidente en Inde ou les cas de "saris brulés" sont fréquents. Ces "accidents" de cuisine dans lesquels les femmes sont immolées sont souvent  provoqués par la famille ou la belle-famille de la victime à la suite de disputes liées à la dot. Le rapport du Lancet souligne notamment que de nombreux homicides sont maquillés en accidents, souvent avec la complicité de la police. Les auteurs de l'étude recommandent aux autorités indiennes d'examiner de manière plus scrupuleuses les rapports d'autopsie des femmes brûlées afin de détecter des indices comme "les odeurs de kérosène et l'absence de bijoux" qui permettent d'établir les cas d'homicide.

"Ces décès peuvent être évités si les mesures nécessaires sont appliquée", lit-on dans le rapport qui dénonce les violences domestiques comme étant, dans la majorités des cas, la cause directe ou indirecte des décès par le feu chez les femmes indiennes. Un vœu pieux dans un pays qui, malgré la mise en place de lois pour la protection de la femme, connaît un des plus hauts taux d'infanticide, de violences domestiques et de harcèlement sexuel.

La semaines dernière, un rapport du département d'Etat américain a qualifié le traitement des femmes indiennes de "problème sérieux", selon le Times Online.  En Inde, la journée de la femme n'est pas encore l'occasion de se réjouir.

 

Antoine Corta, Aujourd'hui l'Inde, le 8 mars 2009