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La vente aux enchères des objets de Gandhi crée la controverse en Inde

 

Plusieurs objets appartenant au père de l'indépendance doivent être vendus aux enchères, jeudi, à New York. Une opération que tente d'empêcher le gouvernement indien et l'arrière petit-fils de Gandhi qui considèrent que ces rares objets ont leur place dans un musée.

 

Elles lui auraient donné "la vision d'une Inde libre". Tout un symbole, les emblématiques lunettes rondes du Mahatma Gandhi seront vendues aux enchères à New York, le 5 mars prochain avec un bol, une assiette, une paire de sandales et une montre ayant également appartenu à l'apôtre de la paix, assassiné il y a 61 ans. Le ministère indien de la Culture tente à présent de récupérer ces rares objets, qu'il considère comme partie intégrante de son patrimoine. Tushar Gandhi, l'arrière petit-fils de Gandhi a de son côté lancé une campagne de levée de fonds afin de les ramener sur le sous-continent.

A t-on le droit de faire recette sur le nom du Mahatma Gandhi? En Inde, les organisations culturelles dédiées à la préservation de l'héritage du père de la nation crient au scandale. "Gandhi est universel, il appartient à tout le monde, personne ne devrait l'utiliser à des fins commerciales. Je suis très perturbée par cette vente aux enchères", affirme Savita Singh, directrice de Gandhi Smriti and Darshan Smriti, une organisation pour la mémoire de Gandhi rattachée au ministère de la Culture.

Sans compter que, contrairement aux objets, leur prix est tout sauf symbolique. Comme chacun sait, ce qui est rare est cher et Gandhi ayant vécu de manière notoirement frugale, son maigre héritage prend, ironie de l'histoire, d'emblée plus de valeur pour les collectionneurs. Les cinq objets, qui seront vendus en une seule fois, sont estimés à environ 20 000 euros. Le gouvernement aurait déjà tenté de convaincre le ou les collectionneurs en question d'annuler les enchères et de lui vendre directement les objets, selon la BBC. Autre option envisagée : le rachat des objets par un particulier indien, qui pourrait ensuite faire une donation à un musée indien.

La vente au enchères, organisée par l'étude de commissaire-priseurs Antiquorum Auctionneers, a été en partie facilitée par Ghita, fille adoptive de la petite nièce de Gandhi. C'est elle qui aurait donné le feu vert a un collectionneur allemand, actuel propriétaire de certains des objets, pour leur mise en vente. Une décision que Savita Singh estime regrettable. "On ne vend pas l'héritage de Gandhi. Elle aurait dû le donner à un musée ou à une fondation", estime t-elle, rappelant que jusqu'a présent, la mémoire du père de la nation avaient été respectée et que personne n'avait tiré profit de son aura internationale.

"Mon oncle Upendra Maharathi a peint une quarantaine de portraits du Mahatma Gandhi. L'un d'entre eux a même été offert a Martin Luther King lors de son passage a Patna, en 1959. Ces tableaux sont estimés à des dizaines de milliers d'euros, mais ils ont été donnés à la galerie nationale d'art moderne", raconte-telle, ajoutant que les objets de Gandhi appartiennent à "toute l'humanité".

Pour l'heure, la vente aux enchères est maintenue, selon un porte-parole d'Antiquorum Auctionneersqui affirme ne pas avoir été contacté par le gouvernement indien. En 2007, un manuscrit d'un article écrit par Gandhi avait été mis aux enchères avant d'être acheté en priorité par l'Inde pour une somme tenue secrète.
 
Antoine Corta,Aujourd'hui l'Inde, le 2 mars 2009