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Le long voyage d’une ordure de New Delhi (2ème partie)

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Les habitants des quartiers résidentiels de New Delhi déposent leurs poubelles devant la porte de leur appartement ou de leur maison. Mais après que se passe-t-il ? Du tri sélectif immédiat à la revente des déchets recyclables en passant par les immenses décharges, Aujourd’hui l’Inde a suivi le voyage des poubelles des habitants de la capitale indienne. Deuxième partie.

 


Un camion poubelle municipal arrive à la décharge

Un camion du MCD (la municipalité) arrive à la décharge d'Okhla, une banlieue au Sud Est de New Delhi. La capitale indienne compte deux autres grands dépotoirs : Bhalswa et Ghazipur. Avant de devenir une colline, celui d'Okhla fut un trou. En 2002, un officiel du MCD avançait déjà dans le Times of India que "le site d'Okhla ne tiendrait pas six mois de plus". Et de fait, les masses de déchets accumulées s'effondrent régulièrement par pans entiers, souvent à la suite de pluies importantes. Mais la décharge est toujours là…

Les chiffonniers des décharges 

Au sommet de la montagne d'ordures : des gens, par centaines. Ce sont lesragpickers, les chiffonniers. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il reste encore des choses à grappiller dans ce tas d'immondices. Ce qui a échappé au kabar vala finit dans le sac du chiffonnier. De jour comme de nuit, ils fouillent sans répit au rythme de l'arrivée des camions bennes. Les estimations des Organisations Non Gouvernementale (ONG) vont de 80 000 jusqu'à 300 000 ragpickers pour l'ensemble de la capitale. 

Rien n'est épargné: papier, plastique, guenilles et même têtes d'animaux morts. Celles-ci sont vendues aux usines comme combustibles pour les chaudières. Toute la famille est à pied d'oeuvre. Les enfants commencent à travailler vers dix ans, parfois plus tôt. Sans gants, en tongs ou pieds nus, ils sont les premiers à développer des cataractes, des problèmes respiratoires ou des maladies de peaux. 

Les vautours, gardiens du dépotoir

C'est sous les allées et venues des vautours que Saddam ramasse pour 100 à 150 roupies (de 1,55 à 2,30 d'euros) d'ordures chaque jour. Assez pour survivre, pas pour vivre. Ils sont 1000 clandestins Bangladais à s'entasser comme lui dans Tughlaquabad, le bidonville de la communauté, à 1,5 km de la décharge. Malgré leur apport non négligeable au nettoyage de la cité, ils doivent encore faire face à une police corrompue qui les rackettent régulièrement sous peine de renvoi au pays.

Une vie à respirer des fumées toxiques


Les émissions de gaz et les fumées toxiques qui s'échappent de la fange obligent les chiffonniers à s'organiser en roulement. Un jour dans la décharge et le lendemain dans le bidonville pour trier le butin. Un impératif si l'on veut pouvoir travailler plus d'un mois d'affilée. 

Si aujourd'hui, New Delhi peut se targuer d'un taux de recyclage fort honorable, c'est essentiellement grâce au travail de tous ces intermédiaires que sont les kabar wallah, les scrap dealers et lesragpikers. Selon le Centre pour la Science et l'Environnement, entre 9 et 15% des ordures de la ville sont recyclées par le secteur informel. Soit une économie d'environ 582 000 roupies (9500 euros) par jour pour les pouvoirs publics.

Ce recyclage informel n'aide pas à la conscience écologique des Delhiites qui oublient leurs ordures aussitôt déposées devant leurs portes. La récente interdiction des sacs plastiques par la municipalité de la capitale indienne va peut-être faire évoluer les mentalités.

 

Hélène Agelou et Neeli Hawa , Aujourd'hui l'Indee 2 mars 2009

 

Environnement