Blue Flower

Un rickshaw indien dans les rues de Lille

 

Clément Flipo, 23 ans, a été ingénieur pendant six mois à Bombay. Jusqu’ici rien de très étonnant. Mais quand ce jeune Lillois décide de ramener un rickshaw en France pour rouler, tout le monde le prend pour un fou. Neuf mois après, c’est pourtant mission accomplie. Rencontre avec le premier conducteur français de rickshaw !

 


Comment vous est venue l'idée de ramener un autorickshaw en France ?
Les rickshaws sont des véhicules atypiques qui symbolisent l'Inde. Je suis tombé sous le charme dès mon arrivée à l'aéroport de Bombay. En surfant sur Internet, j'ai découvert que des Français avaient réussi à en ramener en France mais, aucun, à ma connaissance, n'est autorisé à rouler. Au début, l'expérience me paraissait folle, mais le défi avait un excitant parfum d'aventure. J'ai raconté ma quête de rickshaw dans un blog

Quelles étaient les conditions nécessaires pour que le rickshaw soit autorisé à rouler en France ?
Le seul moyen d'éviter le contrôle technique qui n'aurait jamais validé les systèmes de freinage et d'éclairage était de faire homologuer le rickshaw comme véhicule de collection. Pour cela, il me fallait trouver un rickshaw de plus de 25 ans…

Comment s'est passée la quête de cette perle rare en Inde ?
J'ai commencé par faire le tour des garagistes de Bombay. La plupart ne parlaient pas anglais, alors je me suis mis à apprendre quelques phrases en hindi. Pendant plusieurs semaines, aucun résultat, et puis un jour où je déambule dans Dharavi sur le point de renoncer, je rencontre Basha. Il m'invite à prendre le thé chez lui et je lui fais part de mon désarroi…

La chance finit par tourner : il connaît le propriétaire d'un très vieux rickshaw qui serait, peut-être, prêt à le vendre. Quelques jours plus tard, je pars chercher la bête à Ratnagiri, à 330 kms au sud de Bombay. Je l'ai payé 500 euros. Cela m'a ensuite coûté la même chose pour le customiser.

Quel est votre meilleur souvenir ? le pire ?
Le jour où j'ai vu le rickshaw pour la première fois est indéniablement mon meilleur souvenir. Le pire…. les 2 jours d'attente au RTO de Bombay (l'équivalent de la préfecture). Des piles de vieux dossiers qui s'entassent dans la poussière et le parcours du combattant dans un véritable labyrinthe pour trouver le bon bureau.
 
Le fonctionnaire me reçoit et accepte de signer le papier à condition que je lui envoie (par la poste !) un épagneul breton pour l'anniversaire de sa fille. Prêt à tout pour obtenir le sésame qui permettra au rickshaw d'émigrer, j'en fais la promesse… 

Comment s'est passé le voyage et l'obtention des autorisations en France ? 
Le voyage par bateau de Navi Mumbai au Havre s'est bien passé. Mais à l'arrivée, j'ai craint un moment d'échouer dans la dernière ligne droite : les douanes françaises ont refusé plusieurs fois de me délivrer le papier permettant l'immatriculation. À force d'insister ils ont cédé !

Comment réagissent les gens qui vous voient rouler dans les rues lilloises ?
Ils écarquillent les yeux. C'est fou le nombre de gens qui ont voyagé en Inde et qui m'arrêtent pour me faire part, avec nostalgie, de leurs souvenirs. 

Que comptez-vous faire de votre rickshaw en France ? 
J'ai été contacté par des gens qui souhaitent le louer pour des évènements type mariage ou tournage de films… Actuellement, je l'utilise pour mes déplacements à Lille. J'aimerais faire le tour de l'Europe en rickshaw et un jour, qui sait, le ramener à Bombay. 
 
Julia Ocir , Aujourd'hui l'Indele 18 février 2009