Blue Flower

Un commando pimenté à la rescousse des amoureux indiens

 

Comme dans le reste du monde, c’est une journée avant tout commerciale, mais en Inde, la Saint Valentin déchaîne davantage les passions. Alors que des extrémistes politiques et religieux s’en prennent aux couples et aux vendeurs de cartes de voeux, le National Panthers Party, basé à Jammu, se donne pour mission de protéger les amoureux.

 

14 février. L'ambiance à Connaught Place, au centre de New Delhi, rappelle plus les lendemains des derniers attentats terroristes qu'une journée dédiée à l'amour. Tout autour de la place, des dizaines de petits groupes de policiers, certains armés de fusils, sont dispersés, pour anticiper d'éventuels débordements. En face de Birju Flowers, devant le marché souterrain de Palika Bazar, trois officiers tiennent la garde, assis sur des chaises en plastique. Un peu plus loin, un camion anti-émeutes fait son apparition.

Chaque année, la Saint-Valentin est le théâtre de manifestations plus ou moins violentes dans les villes indiennes par des groupes religieux condamnant son "immoralité". Ils s'en prennent généralement aux magasins vendant des cartes de vœux pour les amoureux. Alors, comme chaque année, les hommes du National Panthers Party  (NPP), une formation politique locale basée dans l'Etat de Jammu-et-Cachemire, veillent au grain.

"Nous nous sommes préparés 20 jours à l'avance. Nous avons demandé aux jeunes de se munir de poudre de piment et de poivre afin de se défendre contre d'éventuels agresseurs", explique Harsh Malhotra, secrétaire général du NPP à New Delhi, qui distribue des tracts devant l'entrée principale de Palika Bazar avec quatre autres membres du parti.

Depuis sept ans, le NPP déploie ses hommes et ses femmes dans plusieurs villes du sous-continent le jour de la Saint Valentin pour contrecarrer les extrémistes. "L'année dernière, nous nous sommes battus avec le Shiv Sena (parti hindou d'extrême droite basé au Maharashra, ndlr) et une quinzaine d'entre nous ont été arrêtés par la police", raconte Ajit Singh. "Nous sommes une cinquantaine de commandos, prêts à entrer en action autour de Connaught place", affirme t-il.

Cette année, la Saint-Valentin a une symbolique particulière en Inde. Le 24 janvier, une vingtaine d'hommes appartenant au Sri Rama Sene (SRS), un groupe hindouiste extrémiste du Karnataka jusqu'alors inconnu, a violemment agressé plusieurs jeunes filles dans un bar de Mangalore, une ville côtière de l'Etat. L'incident, largement repris par les médias, a choqué le pays. Le SRS a ensuite juré de continuer son combat de "défense de la culture indienne" en empêchant les couples de célébrer la Saint-Valentin.

En réaction à ces déclarations, la jeunesse indienne cosmopolite s'est mobilisée plus que d'habitude et la sécurité a été renforcée. À travers la capitale, 400 membres du NPP, "répartis en groupe de six à dix", selon Harsh Malhotra, ont été déployés pour s'assurer du déroulement pacifique de la fête des cœurs.

"La police a pris l'initiative particulière de ne laisser personne perturber la Saint-Valentin cette année" explique Sanjoy Sachdev, chef du NPP à New Delhi. Il précise que ses hommes n'envisagent la violence qu'en dernier recours. "Nous voulons simplement que la loi soit appliquée. Il n'y a pas de place pour la violence le jour de la Saint-Valentin", explique t-il.

Il n'y a finalement eu presque aucun incident à New Delhi, les hommes de main du NPP pouvant laisser leur poudre de piment dans leurs poches. Mais pour Sanjoy Sachdev, l'important reste de se mobiliser pour la jeunesse contre "les diables qui empoisonnent la société"."Les grands partis comme le Congrès, le BJP et même la gauche ne font rien pour défendre la jeunesse en danger. Leur silence est criminel", estime-t-il.

 

 Antoine Corta; Aujourd'hui l'Inde, le 16 février 2009