Blue Flower

Des incidents sporadiques marquent la Saint-Valentin. 

 Anita Joshua, The Hindu, 15 février 2009  (extraits)

 

Le jour de la Saint Valentin, il y a eu des incidents sporadiques mais les citoyens et la société civile continuent à défier les équipes de la police morale.

 Voici quelques faits. Amusant : un frère  et une sœur ont été pris pour un couple. La jeune fille a été mise dans l’obligation d’attacher le lien du mariage au poignet de son frère qui a de plus été  battu : moins amusant.

Dans le Jammu les activistes de l’organisation appelée Shiv Sena Hindustan ont brûlé les cartes d’invitation ayant trait à la Saint Valentin.

À Gwalior, la police a arrêté 35 sympathisants du Shiv Sena alors qu’ils essayaient d’entrer dans un zoo, avec l’intention de repérer des couples. Redoutant des troubles, la police a pris sous sa garde par mesure préventive sept activistes du Shive Sena et quatre du Sanscrit Bachao Manch à Bhopal.

 Rourkela. De la ville industrielle, il y a aussi des rapports indiquant que des couples se sont vus dans l’obligation d’attacher le « rakhi ».

De la même manière à Pune, un couple qui partait en pique-nique se sont vus arrêtés par des activistes du Shiv Sena et les ont « mariés » avec un échange de guirlandes de fleurs. Dans la capitale, cinq activistes du Shiv Sena étaient rassemblés dans la région du Rajouri Garden de Delhi Ouest.

 Au Karnataka, qui était la source du dernier rassemblement du contrôle moral, la police, ce vendredi, a consigné plus de 200 personnes à travers l’Etat, incluant Pramod Muthalik, le chef du Sri Ram Sene. L’action de la police du Karnataka s’est manifestée un jour après celle du Gouvernement central et a demandé au gouvernement de l’Etat de prendre des mesures préventives et punitives pour garantir le maintien de l’ordre dicté par la loi, le jour de la Saint Valentin. Le Gouvernement central a noté qu’aucune organisation ne pouvait jouer le rôle de « self styled arbitror » de la moralité. Les gens ordinaires se constituent en petits groupes pour contrebalancer l’intrusion dans leur vie personnelle par une poignée de gens au nom de la culture indienne. La réaction dont on parle le plus vient d’un groupe qui s’est formé sur le « social network » appelé ‘Face- book’ ; samedi après-midi. La campagne lancée par le « Consortium of Pub-going, Loose and Forward Women » se prévalait de 31.888 adhérents. La campagne a été lancée le 5 février après les menaces du  Sri Ram Sene contre ceux qui souhaitaient célébrer la Saint- Valentin

Compte rendu du PTI

Les activistes du Shiv Sena ont noirci les visages de couples à Aurangabad alors que des activistes safran ont brûlé des cartes de la Saint-Valentin dans le Maharasthra, l’Uttar Pradesh et le Madya Pradesh. Une étudiante, trouvée avec un étudiant dans une chambre, a été traînée par les cheveux par un sous-inspecteur dans le district Jind de l’Haryana la nuit du vendredi, à la suite de plaintes émanant de gens des environs sous le prétexte d’activités alléguées immorales. Lui et un autre agent de police ont été suspendus.

Les activistes du Sri Ram Sene ont fait irruption lors d’une soirée de la Saint Valentin dans une firme informatique dans la périphérie de Belgaum, attaquant les participants et saccageant le mobilier.

 

 

 

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La Saint-Valentin au Karnataka a été paisible en dehors de Belgaum où le personnel d’une compagnie a été attaqué lors d’une soirée privée.

 

The Hindu, bureau du Karnataka, 15 février 2009

 

Bangalore/Mangalore : la Saint Valentin, ce samedi s’est déroulée sans violence en dehors de l’incident mineur à Belgaum…

À Belgaum où les choses étaient calmes jusque dans l’après-midi, un groupe de gredins a attaqué le personnel de Katwa Infotech Limited à Karbagalli…. Des méfaits étaient commis et, lorsque le superintendant de la police, Sonia Narang et M. Pangam arrivèrent sur place, les gredins avaient fui.

Bien que personne n’ait montré du doigt le Sri Rama Sene, il a été dit qu’ils criaient des slogans au nom de Sri Rama.

Chacun est resté chez soi. Le pub Amnesia est resté fermé. La vente des fleurs a augmenté de 30%.

À Attavar, le bureau du Sene a reçu un bouquet de 20 cadeaux, ce qui ne lui a pas plu. Ces cadeaux seront vendus aux enchères.

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Voici quelques lettres de lecteurs reçues le 17 février par le journal à la suite de ces incidents. Toutes, à l’exception d’une seule, marquent leur indignation.

 

Courrier des lecteurs

 

La morale politique à laquelle se sont abaissés le Bajrang Dal, le Shiv Sena et plusieurs groupes similaires le jour de la Saint Valentin était déplorable. En empêchant les jeunes de passer du temps ensemble, ils ont violé la liberté d’expression qui est un droit fondamental. Ils n’ont même pas épargné un frère et une sœur à Ujjain. Je me demande comment une société peut tolérer des éléments qui cherchent à empêcher des gens de s’exprimer. Ce n’est certainement pas un bon signe pour la plus grande démocratie du monde .

 

Nishant Mandhotra, Mettupalayam

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La photographie de l’activiste du Bajrang Dal forçant une jeune fille à attacher un ‘rakhi ‘ au poignet de son compagnon est choquante. Ce qui est ironique est la présence d’un policier. L’image de l’homme en uniforme en dit long sur les contraintes politiques des organismes. qui font respecter la loi.

 

C.K. Thakkar, Port Blair

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C’était répugnant de voir à la télévision des images de jeunes humiliés pour avoir été vus ensemble le jour de la Saint-Valentin. L’action des activistes du Bajrang Dal qui a forcé une jeune fille à attacher un ‘rakhi’ au poignet de son compagnon a en réalité dégradé l’un des festivals les plus importants de l’Inde. Le mariage forcé d’un garçon avec un âne à Miraj a été le comble de la perversité. Les médias auraient au moins pu garder confidentielle l’identité des victimes .

 

Juliet Mary, Tiruchi

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La violence déclenchée sur des hommes et des femmes innocents au nom de la sauvegarde de la culture est ridicule. Tout ce qui s’est passé est une moquerie de la démocratie. L’amour et la romance n’ont jamais été un tabou dans la culture indienne. Notre littérature en porte d’amples témoignages.

 

T. Narayanan, Chennai

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La brigade morale était de toute évidence en plein mouvement, le jour de la Saint Valentin….Les actes malveillants et menés de haute main…doivent être arrêtés immédiatement si notre démocratie est à sauver.

 

C.P. Chandan, New Delhi

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Il est amusant de lire …. les actions… de la brigade morale. Je ne pense pas que les couples se soient sentis gênés car les guirlandes et les ‘rakhis’ ne signifient rien en l’absence du consentement des deux parties.

 

A.P. Suresh, Coimbatore

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Il est malheureux que les femmes soient harcelées dans notre pays au nom de la culture. Ceux qui parlent de culture ne devraient pas oublier que notre pays a toujours révéré les femmes au cours des âges. Les attaques d’enfants à Ujjain montre le niveau d’intolérance de ces fanatiques. Il est temps d’en tirer des leçons. Si nous ne le faisons pas maintenant, de tels actes de talibanisation détruiront le tissu culturel de notre pays. J’espère que la loi se mettra en marche contre ces criminels qui se permettent des actes de police morale le jour de la Saint Valentin.

 

S. Fredline, Chennai

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Le mot ‘talibanisation’ est souvent utilisé pour décrire des activités indésirables. Les Talibans sans aucun doute ont empêché les femmes de travailler durant leur autorité en Afghanistan. Mais ils ont aussi procuré des moyens d’existence aux femmes qui étaient soutiens de famille ou qui avaient vraiment besoin de travailler. Ils ont renforcé le code de conduite islamique dans leur pays. Comparer le Sri Ram Sene ou tout autre groupe aux Talibans est incorrect. Tout ce que les Talibans ont fait était pour enrichir la culture islamique, et cela dans leur propre pays.

 

Syed Adfar Rashid Shad, Srinagar

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Tant de choses ont été dites dans les média sur la Saint Valentin. Mais je me demande qui sait vraiment pourquoi c’est célébré. S’il s’agit d’une fête de l’amour entre garçons et filles, elle ne doit pas être limitée à un jour. Elle doit être fêtée tout au long de l’année. Il semble que toute la nation est en train d’argumenter pour ou contre la Saint Valentin. Tout cela concerne seulement les riches et les classes moyennes supérieures qui vivent dans les métropoles et les grandes villes. Le gros morceau des groupes de classes moyennes et plus basses ne sont même pas conscients de ce qui se passe. Leurs problèmes se rapportent aux moyens d’existence. Mais ni les médias ni les organisations variées qui font du bruit ne semblent ennuyés à leur propos.

 

M.S. Rao, Mangalore

 

 

 

 

(extraits et trad. par JLB)