Blue Flower

Kama Sutra, une "marque" indienne qui continue de faire vendre


Plus de dix-sept siècles après son apparition, le célèbre "manuel érotique" indien est régulièrement réédité. Devenu un label associé exclusivement au sexe, voire à la pornographie, le Kama Sutra reste pourtant une référence de la culture indienne, bien loin de la caricature que l’on en fait.

 

Tapez "Kama Sutra" dans le moteur de recherche Google et vous tomberez sur les résultats les plus variés, des crèmes de massage aux préservatifs en passant par la lingerie fine ou encore les sites web "adultes". Sans oublier, bien sûr, les nombreuses références à l'ouvrage original écrit par Vatsayayana il y a environ 1700 ans. Depuis sa traduction du Sanskrit et son adaptation en 1883 par le linguiste anglais Sir Richard Francis Burton, le manuscrit original du Kama Sutra n'a cessé d'être retravaillé et réédité, bénéficiant d'un succès ininterrompu. Encore considéré aujourd'hui comme une référence sur la sexualité et les relations hommes-femmes, le Kama Sutra est toujours aussi vendeur mais reste paradoxalement mal apprécié.

"Ce n'est pas juste un manuel sexuel. C'est un texte extraordinaire, beaucoup plus profond que l'on croit, un pilier de la culture indienne", assure Pramod Kapoor, éditeur chez Roli Books d'une nouvelle version haut de gamme de l'ouvrage : Kama Sutra : traité indien de savoir vire amoureux.  Ce pavé de huit kilos, relié en soie et présenté dans un coffret à battants, a notamment été publié en français par les éditions La Martinière, à l'automne dernier. Il comporte notamment des illustrations inédites du musée Fitz William de Cambridge et un commentaire de Sandhya Mulchandani qui a déjà écrit plusieurs livres sur le sujet dont le Kama Sutra pour les Femmes.  C'est la dernière des huit versions du Kama Sutra publiées par Roli Books depuis 20 ans.

Si le Kama Sutra évoque d'emblée des positions sexuelles contorsionnistes chez la plupart des gens, ceux qui ont réellement pris le temps de feuilleter l'ouvrage y ont découvert bien plus qu'un manuel érotique. Des thèmes aussi inattendus que "la manière de se débarrasser d'un amant" ou "le comportement de la femme en l'absence de son mari" y figurent au même titre que la soixantaine de manières différentes de faire l'amour. Mais ce sont surtout les nombreuses illustrations, des gravures et peintures datant pour la plupart de l'ère Moghol et ajoutées au fil des rééditions, qui font la richesse et l'intérêt du Kama Sutra. "C'est devenu un objet d'art, souvent donné en cadeau et recherché par les collectionneurs", assure Pramod Kapoor.

La maison d'édition indienne, qui a vendu plusieurs millions d'exemplaires du Kama Sutra toutes versions confondues, selon Pramod Kapoor, est loin d'être la seule à capitaliser sur les travaux de Vatsyayana. Le Kama Sutra pour les paresseuses, le Kama Sutra à la française, le Kama Sutra Gay…Ces versions diverses et variées, qui n'ont souvent en commun avec l'original que le nom et le contenu érotique, se comptent par centaines sur la toile.

Mine d'or pour les maisons d'éditions, Kama Sutra est maintenant devenu un label vendeur estampillé sur n'importe quel produit…du moment qu'il est associé au sexe, à l'amour ou au plaisir.  Pramod Kapoor avoue lui-même que les demandes de rééditions, sans cesse renouvelées, de la part d'éditeurs étrangers, sont dues "essentiellement à l'attrait érotique du livre". C'est grâce à cela que l'ouvrage de Vatsyayana a réussi à traverser les âges. Un exploit en soi.

 

 Antoine Corta, Aujourd'hui l'Inde, le 12 février 2009