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A la suite d’incidents provoqués le 24 janvier dernier à Mangalore par le mouvement extrémiste Sri Rama Sene qui, au nom de la défense de la culture indienne, a molesté des jeunes femmes dans un pub, The Hindu a pulié le 8 février 2009 un article de Kapana Sharma.

 

Au nom de la culture ?

par Kalpana Sharma

 

Si les groupes (outfits) comme le Sri Ram Sene avait une réelle compréhension de la culture, auraient ils battu et molesté des femmes si effrontément à Mangalore ? En analyse finale, ce n’est pas vraiment à propos de la tradition, mais pour garder les femmes sous contrôle.

L’attaque par le Sri Ram Sene contre 5 femmes dans un pub le 24 janvier Mangalore était une agression pas seulement contre ces cinq mais contre toutes les femmes indiennes. Et contre la société indienne. Et contre la « culture » indienne quelle que soit la définition que nous puissions choisir.

Ce crime télévisé montrait des hommes en safran tirant les cheveux des femmes, les jetant à terre et les molestant ouvertement sans une trace de peur. Des groupes de femmes et d’autres ont exprimé leur colère, la frustration et le scandale. Nous avons aussi été témoins de l’humilité avec laquelle des politiciens dits libéraux ont ostensiblement tremblé quand les mots « Indian culture » ont été prononcés. Notez les réponses étranges de gens tels que le chief minister du Rajasthan Ashok Gehlot, par exemple.

L’attaque contre les femmes au pub de Mangalore n’est pas le premier incident de ce genre. Il a été précédé de plusieurs autres dans et autour de Mangalore, dans le Karnataka et dans le reste du pays. Que devons nous penser à propos de ces incidents sur notre société, nos systèmes de gouvernance et notre politique ?

Responsabilité collective

Pourquoi placer exclusivement sur les seules épaules des femmes, jeunes ou vieilles, le fardeau de la « tradition » et des « valeurs culturelles » ? Est-ce que les hommes et leur comportement n’ont rien à voir avec la dégradation de la « culture » ? Et qu’est-ce exactement que cette culture hindoue ou indienne dont les hommes du Sri Rama Sene réclament la protection ? Est-ce le propre de la culture indienne que de rosser et de molester les femmes, de tuer les femmes et les hommes qu’elles choisissent d’épouser lorsqu’il y a une différence de caste ou de communauté, de torturer et tuer les femmes qui ne réussissent pas à présenter le montant désiré de la dot ? Est-ce le propre de la culture indienne que de violer les femmes Dalits qui osent défier les traditions régressives du mariage des enfants. Bien sûr, c’est la culture indienne que de s’abstenir et d’accepter que les femmes meurent en couches sans ressentir l’atrocité et l’iniquité de notre société ?

Si nous voulons trouver des raisons pour ce qu’on appelle des atrocités morales, il y en a plein. Mais la « culture pub » ? Garçons et filles sortant ensemble ? Manifestation publique d’affection ? Même le jour de la Saint-Valentin ? Dans tous les cas qu’est-ce que la « culture pub » ? Est-ce la désapprobation de l’alcool servi dans les lieux publics ? Ou est-ce seulement à propos des femmes ?

La raison réelle d’une telle attaque et des attaques précédentes est que les groupes tels que Sri Rama Sene ne comprennent rien à la culture. Ils représentent un état d’esprit primitif et patriarcal qui ne concerne que le contrôle particulièrement sur les femmes. A une époque où beaucoup de femmes en Inde sont instruites, deviennent économiquement indépendantes et ont acquis suffisamment confiance en elles pour faire leurs propres choix, un processus qui gagne maintenant même les petites villes et cités, notre propre version de Taliban se sent émasculée. Ils ont perdu le contrôle. Aussi comment peuvent-ils protester ? En faisant une démonstration publique d’intolérance. Le membre fondateur de Sri Rama Sene, Pravin Valke, un marginal de 40 ans qui a quitté l’école est cité dans le journal Indian Express, 3 février 2009 : « Pourquoi les filles devraient-elles aller dans les bars ? Vont-elles servir de l’alcool à leur futur mari ? Ne devraient-elles pas apprendre à faire des chapatis ? Les bars et les pubs devraient être réservés pour les hommes seulement. Nous voulions nous assurer que toutes les femmes à Mangalore soient à la maison aux alentours de 7h du soir »

Dans cette citation, vous avez l’explication claire de l’état d’esprit de ces hommes qui parlent au nom de la culture. Les femmes devraient rester la maison et faire des chapatis pendant que les hommes peuvent aller boire, violer et molester les femmes, tromper, tuer ou faire tout ce qu’ils souhaitent. De cette façon notre « culture » sera préservée !

Le Sri Rama Sene est un élément marginal. Mais tapi sous la peau de beaucoup d’hommes sans distinction de caste ou de communauté, il y a une vue semblable de ce que les femmes devraient faire ou ne pas faire. Les hommes ont peur de l’autonomie des femmes parce qu’elle défie leur pouvoir. Et bien plus encore, ils ont peur de la sexualité des femmes. D’où le désir de tous les fondamentalistes de tous genres de contrôler la sexualité des femmes.

Avec les changements qui prennent place dans la société indienne, à la fois économiques et sociaux, il est probable de voir plus de groupes de ce type parler au nom de la culture.

Hindou indien ou régional tel que le grand de Raj Thackeray pour préserver la culture marathi. Leurs tactiques sont identiques : prévoir une attaque contre les gens qui ne ripostent pas, prendre une équipe de télévision et utiliser les médias pour amplifier leur message. Pour citer à nouveau Valke « Vous pensez que les garçons ne savaient pas ce qu’ils entreprenaient ? Ils l’ont fait en pleine lumière, devant les caméras de télévision. Ne pensez-vous pas que chaque fille réfléchira à deux fois avant d’entrer dans un pub ? La stratégie a été un succès ».

Mais l’incident de Mangalore aussi bien que les actions répétées du Maharashtra Navnirman Sena de Raj Thackeray soulèvent aussi des questions cruciales sur la gouvernance. Pourquoi est-ce que les gouvernements restent là à ne rien faire et à observer. Au Karnataka, le gouvernement BJP ne s’opposera pas à ses frères armés. C’est sur l’arrière de ces groupes extrémistes que le parti a régulièrement consolidé sa base, particulièrement dans le sud du Karnataka. Mais que dire du gouvernement Congress-NCP au Maharashtra ? Pourquoi est-il assis sur ses mains ? Après l’attaque terroriste du 26 novembre, les gens voulaient que l’on prenne des mesures sévères contre le terrorisme. Mais devrions-nous également demander que cela soit appliqué à la terreur localisée ?

Système paralysé

Mangalore dévoile aussi la politique de nos politiciens. Excepté quelques exceptions honorables, si vous grattez un quelconque de nos politiciens, vous trouverez en dessous une personne profondément conservatrice qui tremble à la pensée d’offenser des susceptibilités culturelles entraînant une perte de support politique. Même les partis non rattachés aux « safrans » craignent d’être considérés comme des promoteurs de ce qu’ils appellent la culture de l’Occident et n’osent pas insister sur les droits pour une société démocratique soutenus par les citoyens.

Le Sang Parivar ne dirige pas toute l’Inde, mais son agenda culturel semble avoir réussi.

C’est un point de jonction important pour la politique et la société. Si l’autonomie et la liberté que le développement et l’éducation ont offertes aux millions de femmes indiennes sont dérobées par des groupes comme le Sri Rama Sene qui voudraient les repousser entre les quatre murs de leur maison, alors le but de tels efforts de développement sera entièrement annulé. Le statut des femmes est de plusieurs façons le test décisif de la maturité d’une société. C’est un point qui doit concerner tous ceux qui croient dans la démocratie et la laïcité (secularism), et c’est le droit fondamental de tous les citoyens indiens pour la liberté d’expression. 

 

(adaptation par JLB)