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Le clergé musulman indien opposé à l'indépendance du Cachemire

 

Longtemps restés silencieux sur la question cachemirie, les Déobandis indiens ont tranché : ils réclament la fin des pouvoirs spéciaux de l'armée au Cachemire indien et des enquêtes indépendantes sur les violations des droits de l'Homme dans la Vallée. Mais ils affirment que le problème du Cachemire doit être réglé "dans le cadre de la Constitution indienne". A Srinagar, la capitale d'été du Jammu-et-Cachemire, les séparatistes sont furieux.
 
 

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Le puissant Jamiat-e-Ulema-e-Hind (JUH), le groupe musulman le plus conservateur du pays, issu de l'école déobandi. a tenu le week-end dernier sa première réunion sur le Cachemire. Jusqu'ici, les responsables religieux musulmans en Inde avaient toujours gardé leurs distances sur la question. "Les Musulmans répugnaient à aborder la question cachemirie par peur d'être stigmatisés et par crainte d'être harcelés par la police et les services du renseignement", a reconnu l'un d'entre eux. Ajoutant : "Le pays est aujourd'hui tourné vers la réconciliation, qu'il s'agisse du Cachemire ou d'Ayodhya (où Hindous et Musulmans se disputent un site sacré, NDLR). La réconciliation dans le cadre de la Constitution indienne est donc une manière de sortir du conflit. C'est aussi ce que veut une majorité de Cachemiris. Quel individu serait assez stupide pour vouloir rejoindre le Pakistan" ?

Avant l'indépendance, désireux de ne pas affaiblir la communauté musulmane en Inde, le JUH s'était vivement opposé à la création du Pakistan. Il y a quelques mois, il s'est aussi clairement prononcé contre le terrorisme sous toutes ses formes.

Les séparatistes cachemiris ont été prompts à réagir. "Je salue l'inquiétude affichée par les Musulmans indiens devant les exactions commises contre la population du Cachemire qui veut l'indépendance", a déclaré Yasin Malik, qui dirige le Jammu and Kashmir Liberation Front (JKLF), l'une des factions séparatistes les plus moédérées. Avant d'ajouter : "Dans le même temps, j'aimerais leur dire de s'abstenir de proposer des solutions à la question très politique du Cachemire. Je comprends très bien leurs limites sur ce problème".

Même son de cloche du côté du Mirwais (chef religieux) Umer Farooq, autre leader plutôt modéré. "Nous n'attendons pas des Musulmans indiens qu'ils puissent s'engager dans notre mouvement pour l'indépendance (du Cachemire). Ils ont évoqué une solution dans le cadre de la Constitution indienne et cela est en total désaccord avec notre position", a lancé le Mirwais. Lui aussi a cependant accueilli avec satisfaction les critiques du JUH contre les "atrocités" commises par l'armée indienne dans la Vallée.

Plus intéressant encore, Mirwais Umer a annoncé que les leaders séparatistes cachemiris lanceraient bientôt une campagne en Inde pour y dissiper l'impression que tout ce qui se passe au Jammu-et-Cachemire est fait à la requête du Pakistan.