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Les quelque 3 000 habitants de la cité utopiste d'Auroville dénoncent sa reprise en main par le gouvernement fédéral tenu par les nationalistes hindous.

Auroville, dans le sud de l’Inde, est une petite ville internationale et utopiste, fondée en 1968 près de Pondichéry, et parrainée par l’Unesco. En décembre dernier, la secrétaire de la fondation d’Auroville, fraîchement nommée par le gouvernement fédéral pour s’occuper de la co-gestion de la ville, ordonne la destruction de plusieurs bâtiments publics ainsi que la coupe de nombreux d’arbres pour construire une route à travers la cité. Cela, selon elle, a pour but d’accélérer la matérialisation des plans de la ville, dessinés par ses fondateurs d’Auroville, il y a 50 ans.

Les bulldozers arrivent donc soudainement, mais des centaines de résidents font corps pour s’opposer à cette décision, arbitraire selon eux. La résistance dure des jours, mais les bulldozers forcent finalement le passage, et démolissent des pans entiers de cette magnifique forêt d’Auroville.

Une remise en cause de l’idéal des fondateurs

La gestion d’Auroville est unique : une loi du parlement indien instaure une administration collective de la cité, et les décisions sont prises en accord entre la fondation et les différentes assemblées de résidents. C’est un des idéaux démocratiques d’Auroville, qui a attiré les intellectuels du monde entier et fait naître des projets novateurs de vie collective. Or la nouvelle secrétaire de la fondation estime qu’elle a le pouvoir d’imposer ses vues. La cour d’appel régionale a donné raison aux résidents et invalidé plusieurs décisions de la secrétaire, et le tribunal environnemental a gelé certains projets de terrassement, mais la fonctionnaire fait à chaque fois appel de ces décisions.

La confrontation continue. La nouvelle direction affirme vouloir étendre cette ville, et multiplier par cinq sa population en trois ans. Elle reprend ainsi de manière littérale les plans initiaux de développement. Mais une expansion immobilière aussi rapide est non seulement difficile à absorber, mais elle changerait aussi radicalement l’esprit d’Auroville, pour en faire, craignent les résidents, un simple lieu de tourisme spirituel et écolo, et non plus un espace d’innovation démocratique et écologique.

Sébastien Farcis – France TV info.fr le 2 octobre 2022