Blue Flower

Pas de bols pour les jeux du Commonwealth

 

 

Les produits dérivés des jeux du Commonwealth sont prêts depuis maintenant deux mois. Mais leur commercialisation a été plusieurs fois reportée. La faute aux affaires financières frauduleuses qui entachent l’événement sportif

 

 
 
 "Un événement prestigieux", "des camionnettes à la sortie des écoles", "présents dans plus de 2000 magasins",  "des prix raisonnables pour gagner l'enthousiasme de chacun",  "peut-être même au nouveau terminal de l'aéroport", les produits dérivés des Commonwealth Games (CWG) allaient être de la partie, et bien en être. En juin, Premier Brands était heureux de pouvoir déclarer que ses objets allaient être mis en vente. Déjà les petits enfants avaient des tigres pleins les yeux. Et puis non. Finalement, les tasses, cravates, porte-clefs et t-shirts attendront.
 
La publicité négative autour des affaires de corruption, autour des escroqueries financières, a eu raison de la mascotte des CWG. Pas de tasse, de cravate ou de porte-clef en cas de scandale. Prévu pour juin, le lancement a été reporté plusieurs fois, jusqu'au lundi 9 août. L'espoir renaissait… Finalement, vues "l'atmosphère négative persistante et les accusations de corruption, ça a été reporté", rapporte une source du comité d'organisation des CWG. Parapluies, sac d'ordinateurs, papiers cadeaux, posters patientent tranquillement dans les usines, attendant que la honte du scandale s'estompe afin de leur laisser le droit de figurer sur des étalages.
 
La licence principale de la marchandise des CWG envisage à présent de se retirer du contrat après ces reports successifs sine die du lancement des objets estampillés CWG.  "Nous allons attendre deux jours de plus, puis nous nous retirerons. Cela a trop duré" explique Suresh Kumar, PDG de Premium Brands, l'entreprise en charge de la fabrication et de la commercialisation des objets uniques "CWGDelhi2010", dont les designs ont obtenu des droits réservés, signés par le Comité d'organisation.
 
D'autant que ces babioles roses et violettes représentent un pactole potentiel de 500 millions de roupies de chiffres d'affaires. Cette somme devait servir à payer le prêt de 16,2 milliards de roupies contracté auprès du gouvernement fédéral. De fait, avec le retard, ce chiffre d'affaires devrait baisser d'au moins 20%, selon certains responsables. " A présent, nous n'espérons pas tirer profit ou même créer l'événement", se lamente Kumar.
 
"Les jeux asiatique sont en novembre, après les jeux du Commonwealth, et pourtant la marchandise est déjà disponible depuis des mois maintenant. La vente de ces objets est la meilleure manière de faire de la publicité pour les Jeux, et de s'adresser aux gens", a expliqué un responsable. Sur les marchés pourtant, on trouve certains produits avec le doux profil de Shera le tigre, la mascotte des jeux 2010.  "La présence de contrefaçons montre qu'il y a une demande pour ces souvenirs. Mais les retards nous ont fait perdre cet avantage !".
 
Plus que 49 jours avant les jeux. Plus que 60 jours avant qu'ils ne tombent dans l'oubli, souvenirs échoués dans le fond d'une armoire d'un moment particulier en Inde. Une tasse avec un tigre sur le bureau de Papa, un t-Shirt au design démodé à porter de temps en temps… Rétro. Puissent ces objets connaître une gloire, même limitée. Déjà la coupe du monde et les gadgets de la Fifa avaient volé en juin et juillet la vedette à nos tigrous. Shera, tigre royal du Bengale incarne la fierté. Il faudra sans doute mettre un mouchoir sur cette fierté. Un mouchoir estampillé  "CWG Delhi 2010" … s'il est commercialisé un jour.

Esther Oyarzu, Aujourd'hui l'Inde, le 16 aoûrt 2010.