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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

 Divinités hindoues sur les bords du Gange à Rishikesh, en Inde. PHOTO AYMYogaSchool / Pixabay / CC

Divinités hindoues sur les bords du Gange à Rishikesh, en Inde.
PHOTO AYMYogaSchool / Pixabay / CC

 

Bien pire qu’un simple choc culturel, ce “syndrome” pousse des voyageurs occidentaux, dépassés par leurs attentes et par l’environnement, à développer de véritables épisodes psychotiques. Explications.

Le Guardian publie les bonnes feuilles de Lost in the Valley of Death. A Story of Obsession and Danger in the Himalayas (“Perdus dans la vallée de la mort. Une histoire d’obsession et de danger dans l’Himalaya”, inédit en français) du journaliste Harley Rustad, qui vient de sortir aux éditions Harper Collins. L’auteur y évoque un mal bien connu des psychologues et psychiatres : le “syndrome de l’Inde”, nommé ainsi par Régis Airault, qui a travaillé comme psychologue au consulat français à Bombay pour plusieurs années à partir de 1985 et en a fait un livre référence, Fous de l’Inde, paru en 2016. Selon Harley Rustad :

Cette maladie a des cousins ailleurs dans le monde : certains touristes religieux à Jérusalem développent une psychose spontanée quand ils visitent la ville, disent qu’ils entendent Dieu ou qu’ils voient des saints; à Florence, on peut être submergé, physiquement et psychologiquement, par la beauté et l’art.”

Pour Airault, le “syndrome de l’Inde”, qui touche les voyageurs occidentaux, doit être distingué d’un simple choc culturel et se caractérise soit par une connexion intense avec le pays soit par un sentiment de rejet extrême. Il peut évoluer en épisode psychotique ou schizophrénique. Par ailleurs, le choc culturel arrive dès les premiers jours dans le pays, tandis que le “syndrome de l’Inde” ne se manifeste qu’au bout de plusieurs semaines ou même mois sur place. Il s’explique par un trop grand investissement psychique dans le pays et sa culture : de nombreuses personnes attendent beaucoup de l’Inde ou y trouvent une sorte de révélation mystique et cela nuit à leur psyché, car ils finissent par remettre en cause tout ce qu’ils sont. D’autres s’étaient fait une idée préconçue et ont un véritable traumatisme si elle ne se vérifie pas. Cela appuie souvent sur des traumatismes antérieurs non réglés. On les retrouve souvent errant, isolés et désorientés, ou bien dans des lieux de retraite, habillés en vêtements locaux et couverts d’amulettes. La consommation de drogue, notamment de cannabis, est courante malgré son interdiction en dehors de quelques fêtes religieuse et ne fait en général qu’aggraver le problème.

Les cas sont si fréquents que de nombreuses ambassades ont des personnels formés sur ce syndrome et que certaines compagnies d’assurances prévoient des clauses d’annulation si, au moment du départ, le voyageur a des problèmes de santé mentale ou consomme de la drogue.

Pour les spécialistes, “le traitement est simple : un billet retour. Mais, dans certains cas graves, cette expérience peut laisser des traces à vie, même après être rentré dans son pays”.

Source : The Guardian (Londres),       
in Courrier International.com  le 17 janvier 2022