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Pollutions, destructions… Les habitants de l’État du Chhattisgarh — 2 % de la population mais 16 % des réserves du pays — subissent les conséquences de l’appétit croissant des industriels pour le combustible.

 La mine géante de Gare Palma, dans l’État du Chhattisgarh, exploitée par des groupes géants comme Jindal ou Adani.

La mine géante de Gare Palma, dans l’État du Chhattisgarh, exploitée par des groupes géants comme Jindal ou Adani. | CÔME BASTIN

 

Ces dix dernières années, je reçois beaucoup plus de malades, témoigne le Docteur ayurvédique Haria Patel, installé depuis longtemps près de la mine géante de Gare Palma. Les fumées crachées par les industriels provoquent des problèmes pulmonaires, de peau, des cancers. La déforestation aggrave le problème car l’air pur disparaît.

Gare Palma est l’une des mines géantes du district de Raigarh, dans l’État du Chhattisgarh, surnommé le grenier à charbon de l’Inde. Sous terre, des centaines de millions de tonnes de charbon dont l’exploitation empoisonne les locaux.

 

Le docteur ayurvédique Haria Patel dénonce les effets des poussières sur la santé des habitants.
| CÔME BASTIN

 

Ma mère a des problèmes d’estomac, mon grand frère des problèmes de peau. D’autres ont des toux chroniques, décrit Shivpal Bhagat, 33 ans, chef du village de Sarasmal. C’est injuste parce que les travailleurs des mines ont une assurance santé. Mais nous, fermiers, n’avons rien.

 

Les habitants de la région des mines géantes vivent sous les retombées des centrales à charbon.
| CÔME BASTIN

 

Autour des mines, une couche de cendres recouvre les sols. Selon le ministère de l’Environnement, 20 % des habitants y souffrent de problèmes pulmonaires contre 2 % dans le reste de l’Inde. En 2017, une étude a conclu qu’à Sarasmal, 87 % des habitants étaient infectés par la pollution de l’air et des eaux.

 

Shivpal Bhagat, chef du village de Sarasmal, montre les dégâts occasionnés sur sa maison par les vibrations de la mine géante. | CÔME BASTIN

 

Mais la pollution n’est pas le seul danger. À cause des explosions souterraines pour le charbon et l’eau, les murs de ma maison sont pleins de fissures et s’effritent, se désole Anand Patnaik, 45 ans. On ne reçoit aucune compensation pour cela. Je n’ai pas de quoi la réparer et j’ai peur qu’elle s’effondre.

Les habitants relatent aussi des pressions pour évacuer les terrains convoités par les industriels. Ces entreprises corrompent les agences de contrôle gouvernementales, affirme Haria Patel, qui se bat pour sauver des villages de la destruction. Parfois même, les consentements des chefs de villages sont falsifiés.

 

Sur la route des mines de Raigarh, dans l’État du Chhattisgarh. | CÔME BASTIN

 

L’Inde dépend en moyenne du charbon à 70 % pour son électricité et la demande va croissant. Durant le confinement, le gouvernement de Narendra Modi a relancé la vente aux enchères des mines d’Inde Centrale. Des groupes géants indiens tels que Jindal ou Adani ont fait main basse sur la mine de Gare Palma, ce qui inquiète Shivpal Bhagat.

Aujourd’hui, de nouvelles entreprises prospectent et on est très inquiets que l’activité minière augmente, souligne-t-il. Si nous fournissons de l’électricité au reste de l’Inde, le reste de l’Inde devrait aussi s’intéresser à nous. Car si nous détruisons l’environnement ici, cela fera augmenter les températures partout.

D’ici à 2040, la consommation d’énergie en Inde devrait encore doubler selon l’Agence internationale de l’énergie.

Côme Bastin, Ouest-France.fr le 25 octobre 2021