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Des fermiers indiens manifestent et bloquent une voie ferrée, pour protester contre les réformes agricoles, lundi 27 septembre 2021, à Sonipat, dans l'Etat d'Haryana, au nord de l'Inde.

 

Des fermiers indiens manifestent et bloquent une voie ferrée, pour protester co

ntre les réformes agricoles, lundi 27 septembre 2021, à Sonipat, dans l'Etat d'Haryana, au nord de l'Inde.
 © REUTERS - ANUSHREE FADNAVIS

 

Les agriculteurs indiens appelés à la grève nationale ce 27 septembre 2021 dans le cadre de ce qui est déjà le plus long mouvement de protestation du secteur dans le sous-continent. Leur revendication : que le gouvernement abroge les réformes agricoles votées en septembre 2020 et validées par le président il y a un an jour pour jour.

La colère se cristallise autour de trois textes qui vont permettre de libéraliser le marché agricole. Ces lois donnent la possibilité à tous les paysans de vendre leurs récoltes directement à des acheteurs privés selon les prix négociés et les cours sans passer par le « mandi », un marché contrôlé par l'État où un prix minimum est assuré aux producteurs.

Certaines denrées comme le blé, le riz ou encore l'oignon sortent d'ailleurs de la liste des biens essentiels, liste qui encadrait leur achat.

Le gouvernement promet que le système de prix minimum sera maintenu. L’exécutif promeut d’ailleurs sa réforme en assurant qu’elle permettra potentiellement aux agriculteurs de vendre leur récolte à meilleurs prix. Des économistes favorables à ces lois et cités par la BBC estiment aussi que cela va attirer les investissements et accroître la productivité.

 

Rapport de force

Mais de nombreux paysans craignent que les prix régulés disparaissent à terme. Ils n’auraient alors plus de solution de repli si les négociations ne vont pas en leur faveur. Et sans ce prix plancher, ils auraient aussi moins d’arguments, moins de cartes dans leur main, pour éviter que les acheteurs poussent les prix vers le bas. Une carte importante tant le rapport de force est défavorable a beaucoup de paysans, la majorité d'entre eux possédant moins d'un hectare de terre.

Or, les manifestants accusent deux tycoons d'avoir poussé la réforme. Des effigies des multimilliardaires Mukesh Ambani et Gautam Adani, actifs entre autres dans l'agro-alimentaire, ont même été brulées cet hiver.

Les agriculteurs sont d’autant plus méfiants que les lois ont été votées dans un contexte mouvementé. Pendant la crise du Covid-19 et sur une modalité contestée dans les rangs de l'opposition.

 

Impasse

Pour tenter d’apaiser les tensions, en janvier, la Cour suprême est intervenue et a suspendu la loi. L’instance a nommé un comité d’experts. Mais des syndicats agricoles considèrent qu’ils sont trop favorables au gouvernement. Et les négociations sont dans l'impasse.

Par ailleurs, la méfiance vient en quelque sorte de l'expérience ! Une réforme similaire a été menée dans les années 2000 dans l'État du Bihar. Les paysans doivent composer avec la volatilité des prix mais n'ont parfois pas d'autre choix que de vendre malgré des cours bas faute d'espace de stockage pour leur récolte ou parce qu’ils ont besoin d’argent frais.

Pour autant, le système des "mandis", ces marchés régulés, ne sont pas la panacée. Ils ne concernent pas l'ensemble des centaines de millions d'agriculteurs indiens. Les quelques 6000 marchés publics sont d'ailleurs « inégalement répartis sur le territoire », explique Reporterre. Ils sont donc parfois trop loin pour certains paysans, entre autres problèmes.

L'agriculture indienne, qui représente 15% du PIB et fait vivre directement ou indirectement 70% de la population, a besoin de réforme. Mais, certains considèrent que le système de "mandi" pourrait être amélioré plutôt qu'écarté, en élargissant par exemple le soutien public à d'autres cultures.

Pauline Gleize, RFI.fr le 27 septembre 2021