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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

L’Inde s’arme pour mieux surveiller les étrangers sur son territoire

 

Le gouvernement indien s’apprête à créer une gigantesque base de donnée qui permettra de mieux filtrer l’arrivée de ressortissants étrangers et suivre de plus près leurs déplacements dans le pays. Le changement s’annonce drastique.

 

L'heure est à la vigilance en Inde. Le gouvernement a annoncé la création d'une base de donnée "massive" visant à réguler l'entrée et la sortie de ressortissants étrangers sur son territoire, selon le Sunday Express. L'IVFRT ou Immigration, Visas, Foreigners' Registration and Tracking Project, lequel vient de recevoir le feu vert des autorités, aura pour but de suivre minutieusement les déplacements de chaque étranger qui se rendra en Inde, tous les renseignements étant mis à jour dans un dossier personnalisé.

Chapeauté par le ministère de l'Intérieur, l'IVFRT a pour objectif  de coordonner près de 170 missions indiennes (ambassades, consulats) à l'étranger, les sept bureaux d'enregistrement des étrangers (FRRO) et les 78 postes d'immigration en Inde, qui partageront leurs données sur les ressortissants étrangers. Ces derniers se verront attribuer un numéro unique qui correspond à leur dossier, appelé UCFID, lequel sera examiné à chaque fois qu'ils se rendront en Inde ou demanderont un nouveau visa. La mise en place de contrôles biométriques dans le pays d'origine fera également partie de la nouvelle procédure et les demandes de visas seront à terme remises en ligne.

Cette nouvelle base de donnée centralisée à New Delhi permettra ainsi d'établir des "blacklists" ou des "listes de suspects" plus facilement. Le projet prévoit également une coordination avec les compagnies aériennes afin d'obtenir des informations sur les passagers d'un vol international à destination d'une ville indienne, avant même que celui-ci ait décollé. Un système d'ailleurs déjà en place dans les aéroports principaux du pays. Toutes les compagnies aériennes opérant en Inde devront bientôt s'y plier afin que les informations de leurs passagers puissent être comparées aux dossiers UCFID.

Comme les Etats-Unis, qui avaient  renforcé  leur sécurité aéroportuaire après le 11 septembre 2001,  l'Inde a pris la décision d'aller dans le même sens après les attentats de Bombay, et plus particulièrement à la suite de "l'affaire Headley"

Si les attentats de novembre 2008 ont bouleversé l'Inde, David Headley a en effet  provoqué quasiment à lui tout seul un resserrement radical de la politique de délivrance de visas pour les étrangers. Il avait été révélé l'année dernière que cet Américano-Pakistanais avait effectué de nombreux voyages en Inde muni d'un visa d'affaires afin de faire des repérages pour le compte du commando terroriste qui a  ensuite pris d'assaut la capitale économique indienne, du 26 au 29 novembre 2008. New Delhi a depuis procédé à plusieurs modifications de sa politique de visas afin d'éviter qu'un tel scénario se reproduise.

De nombreux experts estiment qu'un système centralisé tel que l'IVFRT aurait pu permettre de détecter un itinéraire suspect, en répertoriant les nombreux voyages de David Headley en Inde et au Pakistan avant les attentats. Il aurait ainsi pu atterrir rapidement sous le radar des agences de sécurité indiennes. L'IVFRT devrait par ailleurs intégrer l'information des hôtels où séjournent les étrangers en Inde, permettant de suivre d'avantage leurs mouvements. Là encore, le cas d'Headley, qui avait séjourné dans plusieurs villes pour faire ses repérages, est mis en avant.

Ce vaste projet devrait prendre entre trois et quatre ans a être finalisé mais plusieurs objectifs sont fixés pour le mois d'aôut, parmi lesquels un système intégré de demande de visa en ligne aux missions indiennes à Islamabad, Dacca et Londres, la création d'un nouveau "autocollant visa" plus difficile à imiter, l'établissement d'une base de données et d'un bureau des visas centralisé. Une équipe de 300 personnes travaille sur le projet,  réalisé conjointement par le ministère de l'Intérieur et le centre national de l'informatique (National Informatics Center) pour un coût de près de 190 millions d'euros, selon le Sunday Express

Le processus de visa deviendra-t-il donc plus fastidieux pour les visiteurs étrangers souhaitant se rendre en Inde? Une personne "irreprochable" devrait obtenir un visa dans les trois jours, mais tout élément "suspect" entraînera automatiquement une attente d'au moins un mois.

 

Antoine Guinard, Aujourd'hui l'Inde, le 29 juillet 2010.