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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

Bollywood pose un regard nouveau sur le Cachemire

 

 

Le cinéma de Bollywood troquerait-il ses images à l'eau de rose pour des histoires de la "vraie vie"? Après "Alerte rouge : au coeur de la guerre" et "Peepli live" ce mois-ci, "Lamhaa" traite de la vie  dans la région disputée du Cachemire.

 

L'idée était belle mais audacieuse. Le réalisateur Rahul Dholakia a voulu montrer ce que vivent les gens du Cachemire dans cette région qui, depuis 1989  (date qui sera répétée à peu près autant de fois dans le film) connaît un conflit interne entre l'Inde et le Pakistan qui se la disputent encore à ce jour. D'un côté le Jammu et Cachemire indien, de l'autre l'Azad Kashmir pakistanais. Au milieu, une ligne de démarcation. Et des victimes. C'est d'ailleurs sur cette idée que s'ouvre le film: "Les plus grandes victimes de la guerre sont les innocents". On redoute alors un film un peu trop orienté (comme il y en a eu d'autres par le passé) opposant le méchant Pakistan à la gentille Inde. Il n'en est rien. Mais, en étant neutre, le film ne réussit pas forcément à nous prendre là, au creux du ventre, où le combat d'un peuple pour sa liberté ne laisse habituellement pas indifférent.

 
Alerté par les renseignements indiens d'une attaque terroriste imminente dans la vallée, dont New Delhi aurait eu vent, Vikram (Sanjay Dutt) est envoyé au Cachemire. Malgré son absence de racines cachemiries et avec son physique de  baroudeur (et étrangement un quelque chose d'Eric Cantona!) il est plutôt crédible dans son rôle. Presque trop. Rien ne l'atteint. Il traverse la ville avec son keffieh sans jamais être inquiété. À croire que la carte de presse qu'il arbore en se faisant passer pour un reporter est une protection dans des régions risquées aujourd'hui, ce dont on doute désormais fortement.
 
Son chemin croise alors celui d'Aziza, jouée par la belle Bipasha Basu, qui depuis toute petite a bien assimilé qu'il fallait se battre pour le "Cachemire Libre". Sans trop qu'on sache pourquoi, il  va la protéger et la suivre dans ses actions quotidiennes. Y compris son soutien à Atif, un Kunal Kapoor pas très convaincant dans le rôle de militant séparatiste allant de village en village pour créer sa propre province et obtenir la voix du peuple avant les élections.
 
Là où pêche le film c'est que c'est à peu près tout ce qu'il s'y passe. Même la prétendue attaque terroriste s'avère décevante pour qui s'attend à voir un film dit d'"action". Pourtant tous les ingrédients sont là. Plusieurs thèmes intéressants sont traités mais sans jamais vraiment entrer dans le vif du sujet. On survole tout. L'existence des veuves du village de Dardpura, la question des prostituées fortement sollicitées par les soldats qui s'ennuient à leurs postes à la frontière des deux zones, la position délicate du journaliste de la chaîne de télé locale qui n'obtient aucune réponse aux questions qu'il pose, si ce n'est de la langue de bois. Heureusement, on évite de peu l'histoire d'amour chère à Bollywood qu'on sent poindre à un moment donné du film entre Aziza et Atif et qui aurait été quelque peu hors-contexte.
 
Du point de vue de l'image, la grosse artillerie et les effets (scènes de ralenti, gros plans et autres zoom et dé-zooms) donnent plus le tournis qu'ils  ne créent l'émotion ou le suspense escompté. Néanmoins, le film, entièrement tourné sur place, dévoile de magnifiques paysages du Cachemire. Vastes, apaisants et variés. Il transporte du village de Kangan dans le Nord de la région à Srinagar, la capitale, et donne l'image d'un pays qu'on a envie de qualifier de magnifique prison. La musique de Mithoon et les chants cachemiris apportent également un plus à l'ambiance. En effet, l'ambiance est parfaite. C'est peut-être ça le problème. Un peu plus de profondeur n'aurait pas été du luxe pour un conflit aussi compliqué que celui du Cachemire. 
 
 
Lily Montagnier, Aujourd'hui l'Inde, le 28 juillet 2010.