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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

L'Inde accueille avec les honneurs le chef de la junte birmane

 

 

L'Inde a déroulé le tapis rouge mardi au chef de la junte birmane, le généralissime Than Shwe, pour une visite d'Etat officielle sévèrement critiquée par des organisations de défense des droits de l'Homme qui y voient une acceptation tacite du régime.

 


Plusieurs organisations de défense des droits de l'Homme ont dénoncé la visite en Inde de Than Shwe ©AFP
 

Le numéro un de la junte militaire birmane Than Shwe a été reçu avec les honneurs lors d'une cérémonie au palais présidentiel à New Delhi. Le généralissime, qui réprima d'une main de fer les manifestations pro-démocratiques menées par les moines en 2007, a ensuite déposé une gerbe au mausolée du Mahatma Gandhi, père de la nation indienne et apôtre de la non-violence.

L'homme fort du régime birman, âgé de 77 ans, a rencontré le ministre des Affaires étrangères S.M. Krishna et devait s'entretenir plus tard dans la journée avec le Premier ministre Manmohan Singh.


"L'Inde et la Birmanie entretiennent de très bonnes relations. L'objectif de la visite est d'améliorer les relations existantes et la coopération économique", a déclaré le ministre birman pour le développement économique, U. Soe Tha. "Nous voulons encourager le secteur privé indien à travailler avec nous", a-t-il ajouté devant une délégation d'hommes d'affaires indiens.

Auparavant fervente partisane de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, l'Inde a commencé à se rapprocher de la junte au milieu des années 90 lorsque les priorités énergétiques et stratégiques l'ont emporté sur les préoccupations en matière de démocratie et de respect des droits de l'Homme. L'Inde, intéressée par les champs gaziers et pétroliers en Birmanie, cherche à concurrencer dans la région son principal rival économique, la Chine, partenaire commercial et investisseur clé pour la junte.

Le mois dernier, le Premier ministre chinois Wen Jiabao s'est rendu en Birmanie pour signer une rafale d'accords commerciaux, financiers, énergétiques, scientifiques et technologiques. L'Inde est le quatrième partenaire commercial de la Birmanie, derrière la Thaïlande, la Chine et Singapour. Le pays est notamment présent dans l'énergie: deux entreprises publiques font partie d'un consortium travaillant à l'extraction de gaz naturel au large de l'Etat d'Arakan, dans l'ouest du pays.

Les organisations de défense des droits de l'Homme ont sévèrement critiqué la décision de l'Inde d'accorder la légitimité d'une visite d'Etat officielle à celui qui est considéré comme un paria dans de nombreux pays occidentaux. "M. Singh devrait exprimer publiquement une critique de principe sur le truquage des lois électorales en Birmanie et sur les restrictions persistantes des libertés fondamentales", a déclaré Elaine Pearson, directrice pour l'Asie de l'organisation Human Rights Watch (HRW).

La junte, au pouvoir depuis près de cinquante ans, a prévu des élections législatives cette année. Mais la communauté internationale dénonce depuis des mois un processus qui exclut la prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi.

Dans une lettre ouverte à Manmohan Singh, la Fédération internationale des droits de l'Homme, qui représente 164 organisations dans le monde, a estimé que des rencontres de haut niveau entre l'Inde et la Birmanie "servent à perpétuer la dictature militaire en Birmanie".

Lundi, une centaine de manifestants se sont rassemblés dans la capitale indienne pour protester contre la venue du chef de la junte, décrit sur des banderoles comme un dictateur militaire et un "meurtrier d'innocents".

La Birmanie est soumise à des sanctions économiques de la part des Etats-Unis et de l'Union européenne, qui lui reprochent ses violations des droits de l'Homme et le maintien en détention d'Aung San Suu Kyi. L'efficacité de ces mesures est cependant très atténuée par les investissements réguliers des voisins de la Birmanie.

 

Giles Hewitt, AFP, in Aujourd'hui l'Inde, le 28 juillet 2010.